Demians - Building an Empire

20/05/2008

Par Djul

Label: InsideOut Music

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On parle souvent de l’aspect cyclique de la musique, prenant la forme de revivals, une petite quinzaine d’années après la fin du mouvement concerné. Mais parfois, la révolution en question se raccourcit et des artistes se voient devenir les références de certains autres, qui sont leurs quasi-contemporains. C’est le cas de Nicolas Chapel, adoubé par Steven Wilson, et qui propose avec son « groupe », Demians, un condensé de progressif moderne, mêlant (beaucoup) de Porcupine Tree, un zeste d’Oceansize et de Biffy Clyro, et une bonne louchée de Vast.

La grande force de ce Building an Empire, et c’est un exploit pour un premier album, est sa simplicité. Quelques écoutes, et vous entrez dans l’univers du groupe. Certes, les références précitées aideront sans doute l’auditeur averti à prendre ses marques, mais la voix très particulière et profonde de Chapel (rappelant Jon Crosby de Vast), et l’importance des passages acoustiques dans la musique de Demians ne manquent pas de distinguer le groupe de ses illustres prédécesseurs. C’est ainsi que malgré le label « progressif » affublé sur son dos, il ne semble pas que nos chers français ne soient sentis obligés d’en rajouter, à l’image de « Temple », trois petites minutes autour d’un couplet et un refrain qui monte, point barre. La seule exception à la règle s’intitule « The Perfect Symmetry ». Placée en début d’album, on sent que la chanson sert de carte de visite au groupe, en visitant toutes les ambiances développées ensuite sur le reste du disque. Même les seize minutes de « Sand » se justifient puisqu’elles sont utilisées pour créer le plus grand contraste de Building an Empire, partant de cette base acoustique qui semble si chère au groupe pour évoluer vers le plus énervé des Oceansize.

Cette focalisation sur l’essentiel – les compositions – est sans nul doute la meilleure preuve de la maturité de Nicolas Chapel. Finalement, le terme de « rock sophistiqué », souvent revendiqué par Wilson, semble plus approprié que le label qui leur sera invariablement accolé suite à leur signature sur Inside Out. Quelques petits reproches tout de même. Tout d’abord un constat souvent de mise avec les groupes français : l’accent n’est pas toujours parfait. Attention, il est dans la plupart des cas bien au-delà de la moyenne (bel exemple sur le plaintif « Unspoken »), mais tombe parfois dans le fameux écueil du yaourt (essayez de déchiffrer le premier couplet de « Shine »…). On note aussi quelques petits péchés de jeunesse, comme la reprise de certains « tics » de Porcupine Tree, mais comment les blâmer quand d’autres n’en sont qu’à balbutier leur Petit Wilson Illustré… .

Demians offre un album accessible, séduisant et très professionnel. Certes, la folie manque parfois au sein d’une majorité de titres calmes mais très travaillés, à la manière d’un Vast exploitant plus sa facette progressive. « Sand » contredit toutefois à bien des égards ce constat, et trace sans doute la voie vers plus de personnalité. Il n’y a rien, pour le moment, qui soit susceptible de créer une révolution, mais suffisamment pour entraîner une insurrection parmi les groupes de rock français, qui viennent de trouver un futur leader. A eux de s’affirmer encore davantage pour faire flotter un drapeau national trop souvent en berne lorsqu’il s’agit de rock progressif !