Jerseyband - Live : Lung Punch Fantasy

28/04/2008

Par Jean-Philippe Haas

Label: Autoproduction

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« Imaginez une collision frontale entre le bus de tournée de Dillinger Escape Plan et celui de Count Basie Orchestra ». C’est de cette manière très imagée que se définit Jerseyband. Inventeurs d’un style qu’ils baptisent eux-mêmes lungcore, ces New-Yorkais pratiquent une fusion metal-jazz menée par trois saxophones (deux ténors, un baryton) et une trompette, sorte de coït frénétique entre Panzerballett et Mr. Bungle.

Jerseyband fait ses débuts discographiques en 2001 avec Christmasband, album de « reprises » de chansons de Noël version big band. Suit en 2003 le premier effort original, Little Bag of Feet for Shoes. Mais c’est avec ce Lung Punch Fantasy que le talent de Jerseyband éclate vraiment. Prestation scénique de quarante minutes d’une exceptionnelle maîtrise (sans edits ni overdubs paraît-il), ce disque fait exploser le talent et l’originalité de ce groupe à nos tympans médusés. Un simple coup d’œil aux vidéos circulant sur Youtube permet sans coup férir de le classer dans la catégorie des déjantés notoires.
Le lungcore est une perpétuelle lutte d’influence : les saxophones et la trompette s’unissent vaillamment pour faire front contre l’implacable rythmique basse/batterie/guitare. Leur chaleur et leur sensualité tantôt adoucissent tantôt contribuent à renforcer la déferlante métallique. En effet, à quelques passages près, le heavy metal fait main basse sur Lung Punch Fantasy. Mais à l’instar du saxophone dans Panzerballett, le quatuor à vent tient crânement la dragée haute à la section rythmique qui, de son côté, évite soigneusement tout monolithisme en proposant de nombreuses variations, parfois inattendues (les passages ska de « Sangwich », par exemple !), à l’intérieur d’un même titre. Histoire de parfaire le tableau, Brent Madsen délaisse occasionnellement sa trompette pendant de brefs instants pour s’éclaircir brutalement la gorge tel un troll expectorant une perceuse à percussion. Et pour couronner le tout, ce concert dispose d’une qualité sonore remarquable, tant du point de vue du mixage que de l’équilibre entre l’acoustique et l’électrique.

Il n’était pas concevable que Progressia laisse l’amateur de musiques progressives dans l’ignorance de ce disque remarquable. Si les fusions en tous genres n’enfantent pas toujours – et c’est un euphémisme – de franches réussites, les fous furieux de Jerseyband démontrent que le tour des possibilités n’a pas encore été fait !