Soma Planet - Bholenath

14/04/2008

Par Christophe Manhès

Label: Musea

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On le sait, les Catalans sont un peuple de caractère. D’un certain point de vue, Soma Planet n’en manque pas : ils osent tout les gaillards, « c’est même à ça qu’on les reconnaît ». Dans un pays qui durant les années soixante-dix a compté dans ses rangs quelques jolies pointures comme Fusioon, Crack ou Iceberg, on attend toujours une relève sérieuse du côté des « musiques qui changent la musique ». Avec leur second album Bholenath, les Espagnols offrent de sérieux espoirs, tant cette carte de visite comporte d’éléments prometteurs.

Alors, Soma Planet, futur roi d’Espagne ? Une chose est certaine, il est impossible de nier le talent de ces musiciens cultivés, éclectiques et décomplexés. Mais pour sortir de l’ombre, la position de challenger amène certains à tourner le bouton « plus » jusque dans le rouge. Pourtant la musique, comme beaucoup d’autres choses, est affaire d’équilibre. Or, Bholenath en fait trop et se risque à l’éparpillement. On cherche donc en vain un style propre, une ligne droite, une volonté de s’affranchir des limites de la parade, même sympathique et virtuose. Peu à peu, plutôt que d’écouter un disque, on écoute des musiciens plus fanfarons que profonds. Quant à la production, elle brouille plus encore les cartes. Particulièrement dynamique, elle colle aux enceintes comme la crème sur la figure d’un entarté, ce qui laisse peu de place aux finesses et retire aux titres les plus calmes comme « Meetings at Dawn » ou « Kali, Lament » une bonne part d’émotion, tandis que cela sert mieux l’intérêt des titres plus énergiques. Avec « Psicorickshaw » ou « Segments », Soma Planet cavale puissamment vers des contrées torturées, presque crimsoniennes, qui lui vont bien même si on est parfois à la limite de la contrefaçon (« Kali, Destruccio »).

Si Soma Planet cherche la reconnaissance de son potentiel, c’est chose faite. Mais s’ils cherchent la reconnaissance de leur musique, il reste beaucoup à accomplir. Somme toute, Bholenath pose au chroniqueur des questions qu’il aura bien du mal à résoudre. Comment se fait-il qu’un album, pourtant varié, vif, technique sans en faire trop et sachant se référer à des influences loin d’être honteuses (Spock’s Beard, King Crimson, Zappa), finisse par décevoir ? Comment se fait-il que malgré les efforts d’écriture, le disque finisse par ne laisser que peu de traces ? Il ne reste plus au curieux que d’écouter ce Bholenath pour le savoir.