Gavin Harrison & 05ric - Drop

13/03/2008

Par Dan Tordjman

Label: Squatter Madras

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GH05… Un bien étrange acronyme, sous lequel se cachent deux musiciens au talent immense. D’abord, Gavin Harrison, maître es batterie et polyrythmes que tout le monde connaît via Porcupine Tree. Son acolyte au sein de ce projet répond au doux nom de 05ric, bassiste de son état. S’il est peu connu en France, ses états de fait parlent d’eux-mêmes : Progressia a eu connaissance de dossiers de collaboration avec Adrian Belew. Voilà qui en dit long sur le talent du bonhomme, et en vérité, le terme d’alien de la basse ne serait pas usurpé.

O5ric est un adepte de l’extended range bass : comprendre par là que les quatre cordes conventionnelles ne suffisent pas à notre ami pour exprimer l’étendue de son talent, puisque sept cordes lui sont nécessaires. Qui plus est, Harrison, non content de cogner, se permet de tâter de la tap guitar, instrument cher à Trey Gunn (King Crimson), et le bougre s’en sort plutôt bien.

Que peut-on attendre d’une telle association, celle d’un bassiste techniquement impressionnant rappellant Tony Levin, un batteur aux membres tentaculaires dont le jeu est indescriptible et surprenant. Un poème tibétain est en effet certainement plus facile à déchiffrer qu’une partition de Gavin Harrison : malgré la complexité des morceaux, rappelant fortement le premier album de Gordian Knot salué unanimement à l’époque de sa sortie, Harrison montre une facette plus tordue de son jeu, à-mi chemin entre groove et folie, digne de l’illustre Dave Weckl. « Unsettled » ou « Life » en sont des preuves flagrantes.

Différence majeure néanmoins avec Gordian Knot, quelque chose que l’on n’attendait pas : la présence d’un chant, exercice auquel s’y est collé 05ric. Et, à musique tordue, chant tordu, pas tant du fait du registre vocal, mais davantage de la structure, qui rappelle un peu Björk. Or, on le sait, l’Islandaise divise, et le chant de 05ric risque de ne pas déroger à la règle.

Voilà un disque rafraîchissant, à la production immaculée et claire, qui permettra de couper un peu du monde progressif actuel. A l’instar de Rob van der Loo sur Six Arms et le plus varié Characters, le binôme GH05 montre ici la pleine étendue de son talent et de sa musicalité, tout en évitant le piège de la technicité à outrance. Le tout est agrémenté d’invités pas piqués des vers ! Quelle fine bouche se plaindrait d’avoir sur son disque Robert Fripp, Dave Stewart et Gary Sanctuary ? Tous ces garçons ne sont ni des manches, ni des bras cassés et ils le montrent sans forcer. Admettons-le, ce serait vraiment dommage de s’en priver.