The Divine Baze Orchestra - Once We Were Born...

13/03/2008

Par Christophe Manhès

Label: Transubstans Records

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Juste le temps de faire chauffer les lampes et voilà l’orgue Hammond qui ronfle. Viennent la guitare et la batterie, brutes comme les pierres. Puis, comme pour peaufiner l’illusion, souffle alors l’incontournable et nostalgique brise du Mellotron… Avec The Divine Baze Orchestra, nous voilà donc téléportés dans le passé, au purgatoire du rock’n’roll, quelque part entre les lumineuses années 70 et 75, aux temps épiques d’Uriah Heep et des premiers Rush. Il ne manque plus que le crachin du vinyle.

Sauf que l’on est en 2008 et que nos musiciens n’ont en moyenne pas plus de vingt ans ! Après quelques minutes de stupéfaction, il ne vous reste plus qu’à raccrocher votre mâchoire avant que cette question ne s’impose à vous : mais qu’aurait-on dit, en 1975, d’un groupe qui jouerait du rock and roll comme Elvis en 55 ? Je vous laisse deviner…

C’est pourtant à ce genre d’anachronisme auquel se consacre le premier album des duveteux Suédois de The Divine Baze Orchestra. Si la Suède est l’autre pays du progressif, comme pour d’autres celui des inénarrables Abba, il ne faudrait pas qu’il devienne également le pays où le terme rétro soit le diminutif de rétrograde. Après Black Bonzo et son prog revival – même si nettement plus digne (du moins pour leur second album, car le premier, dans le genre pompage, est un cas d’école), après les troubles de la personnalité d’Anekdoten avec A Time of Day et avec l’inébranlable conservatisme des Flowers Kings, on est tout de même en droit de s’inquiéter un peu…

Malheureusement, le style archaïque de The Divine Baze Orchestra n’est pas le seul point noir : vient s’y ajouter la curieuse impression qu’à chaque envolée instrumentale, les musiciens ont bridé leurs interventions pour ne pas avoir à se mesurer au talent de leurs illustres inspirateurs. Si on peut les comprendre, tant des noms tels que Ritchie Blackmore, Jon Lord, Ginger Baker, Geddy Lee ou Alex Lifeson ont de quoi intimider, cela n’en reste pas moins frustrant et finit par stigmatiser durement leur copie.

Par définition sans identité et obscurantiste, Once We Were Born… est un disque insensé. Ce qui aurait pu être pour les amateurs de revival un hommage de jeunes musiciens amoureux du patrimoine musical des seventies, n’est en fait qu’une copie sans imagination et excessivement scolaire. L’énergie live de l’album n’y change rien. Celui qui, comme votre serviteur, aime le heavy prog de papa ferait mieux de réécouter ses vieux vinyles ou les rééditions CD de Captain Beyond ou Deep Purple. N’oublions pas qu’à cette époque, de jeunes freluquets inventaient la musique de toute une génération !