Jarboe-Justin K. Broadrick - J²

13/03/2008

Par Djul

Label: The End Records

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, symbole de la densité, de l’énergie thermique et électrique (joule), mais aussi d’une collaboration qui reprend les caractéristiques de la mesure en question. La rencontre entre Justin K. Broadrick (fondateur, par ordre chronologique, de Napalm Death, Godflesh et Jesu) et Jarboe (ex-Swan, et qui a également participé à certains albums de Neurosis ou A Perfect Circle) ne pouvait faire que des étincelles : déjà esquissée au sein de Jesu, cette collaboration prend enfin son envol sur ce premier album qui, on l’espère, en appellera d’autres.

Comme souvent, lorsqu’un artiste créatif et touche-à-tout travaille avec une chanteuse charismatique, le premier fait de la seconde son égérie et lui compose des titres sur-mesure. C’est le cas ici, puisque l’on peut dire que le « son » de Jesu est au service de la « voix » de Jarboe, sur des morceaux mettant en valeur le talent, et parfois aussi, la folie de la cantatrice. Cela explique peut être pourquoi l’album commence de la manière la plus abrupte (et la moins appropriée) qui soit avec « Decay », délire sombre et bruitiste qui se développe autour d’une complainte de Jarboe pendant sept pénibles minutes. La touche « forward » sera actionnée très rapidement pour ceux qui veulent découvrir les trésors parsemant la suite du disque. Car pour le reste, et on parle bien de tout le reste, le duo tient ses promesses : « Let Go » rappelle le meilleur de Portishead flirtant avec Godflesh tandis que « Magick Girl » et ses claviers contrastant avec une rythmique sursaturée aurait sa place en clôture d’un film de David Lynch. La lourdeur et l’aspect très répétitif propre à la musique de Broadrick ne sont pas toujours de mise, puisque le duo s’essaye parfois à la pop décalée (« Romp ») ou à la musique ethnique (« Tribal Limo », comme un Killing Joke au ralenti). Quant au final « 8mmsweetbitter », n’ayons pas peur des comparaisons : entre sa production stratosphérique et ses couches de voix superposées, on dirait que Devin Townsend produit les Cocteau Twins. Divin ! atteint donc souvent le but si souvent recherché et si peu atteint par ce genre de collaboration atypique : les personnalités des deux artistes sont respectées, et pourtant fusionnées dans un seul et même univers, cohérent et séduisant.

Hélas, et malgré nos récriminations habituelles sur la durée moyenne trop longue de bien des albums, ici c’est un sentiment d’inachevé qui persiste. Car six titres, pour une durée d’une toute petite quarantaine de minutes, c’est un poil court, d’autant que certains auraient mérités d’être plus concis, à commencer par les sept minutes introductives. Mais tout amateur du premier comme du second J trouvera son bonheur sur ce premier essai, à confirmer par un second que l’on l’espère plus consistant. D’autant que nous avons été mis en appétit !