Wobbler - Hinterland

05/03/2008

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Laser’s Edge

Site:

Le très recommandable album de Real (voir chronique) a poussé Progressia à jeter une oreille attentive sur un album qui avait fait tout un ramdam il y a plus de deux ans : Hinterland, premier essai du groupe norvégien Wobbler. Le groupe de Hønefoss (près d’Oslo) avait défrayé la chronique progressive en mettant en ligne deux démos des plus engageantes, dans la veine d’Änglagård, dont l’absence discographique manque à de nombreux aficionados, tant et si bien qu’ils se réjouissent de chaque groupe se rapprochant un tant soit peu des Suédois.

Clone d’Änglagård, Wobbler l’est certainement, particulièrement celui de la période Epilog, mais pas seulement. En effet, il y a aussi une jolie dose de King Crimson et surtout une bonne ration d’Emerson, Lake & Palmer dans Hinterland. Cela n’étonne pas puisque le leader du groupe, Lars Fredrik Frøislie, ne cherche pas à économiser ses quinze claviers (Mellotron, Hammond, Minimoog, Glockenspiel, etc.), contrairement à sa présence tout en parcimonie au sein de White Willow (depuis l’excellent Storm Season). Les connaisseurs de « In the Court of the Crimson King » reconnaîtront le Mellotron utilisé à toutes les sauces ou presque, cependant que ceux qui ont visionné le DVD de Pictures at an Exhibition d’ELP esquisseront un sourire.

Certes, les musiciens savent jouer et le font savoir. Les structures des morceaux sont complexes, les mélodies foisonnent et, sous le vernis seventies revival, on sent l’envie de bien faire, trop peut-être. C’est justement là que réside le problème ! A force de se prendre la tête, on en oublie l’essentiel, la musique elle-même. Les influences sont trop marquées et pas assez assimilées pour que l’on puisse prétendre que ce groupe possède une réelle personnalité ! Après une introduction ratée (« Serenade for 1652 ») singeant le « Prolog » d’Änglagård, aux moments intéressants succèdent des passages sans intérêt dans les trois (longs) morceaux qui composent l’album, les deux premiers contenant des parties vocales. La trop grande influence emersonienne gomme une partie du charme nordique que dégagent souvent les œuvres progressives provenant des pays scandinaves. Pis, certains thèmes de « Clair Obscur », morceau instrumental au lyrisme exacerbé (le meilleur de l’album), reprennent à peu de choses près ceux développés par Änglagård (encore !), sur « Skogsranden » par exemple. Pourtant, les démos présentées à l’époque par le groupe sur son site Internet laissaient présager d’un excellent potentiel ! Il est dommage que l’exercice de style lui ait porté à ce point préjudice !

A la copie, on préférera toujours l’original qui, dans son genre, n’a toujours pas été égalé. C’est peut-être pour cette raison qu’Änglagård est encore et toujours entouré de cette aura mythique ! A ce jour, seuls méritent éventuellement une mention le Cirkus de Sinkadus et peut-être cet album live de Real, sorti de nulle part l’an passé, dont la fraîcheur continue d’étonner. Pour ceux qui seraient en manque de nappes de mellotrons dépressifs et d’atmosphères lugubres, la surprise viendra peut-être cette année non pas du Grand Nord mais de Genève. On en reparlera bientôt !