A Mountain of One - Collected Works

28/02/2008

Par Djul

Label: 10 Worlds

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Contrairement à ce que son nom peut laisser entendre, Collected Works n’est pas un Greatest Hits. Cela n’a rien d’étonnant puisqu’A Mountain of One est une « jeune » formation, et qu’il s’agit en réalité de son premier album compilant deux EP sortis successivement, ainsi qu’une poignée de nouveaux titres.

Pourquoi ces guillemets à « jeune » ? Parce que derrière la montagne se cache une meute de requins de studio aux dents plus aiguisées les une que les autres : claviériste et percussionniste des Pretenders (Zeb Jameson), chanteuse de Tricky (Martina Topley-Bird), DJs très branchés de Londres (Mo Morris et Leo Elstob, co-producteurs sur l’album). Et que décident-ils de faire de leur temps libre ? Du progressif, assurément ! Influencé par la vague psychédélique des années 70, A Mountain of One (AMO ou AM1 pour les intimes) reproduit tout le spectre musical du genre. Du planant électrique, avec le Pink Floyd de Meddle en passant par Erpland d’Ozric Tentacles, mais également au planant électronique, comme ces références à Ashra Temple et surtout Alan Parsons Project. Ajoutez au mélange un goût très sûr pour les ambiances intimistes et apaisées du Talk Talk de Spirit of Eden ou Spiritualized, et vous obtenez là l’une des très bonnes surprises de ce premier semestre 2008.

Car Collected Works, s’il intrigue aux premières écoutes par ses références si peu usitées ces dernières années, finit par séduire (presque) inconditionnellement. Il faut dire que le choix de « Ride » en ouverture peut surprendre. Ce morceau « Santanesque », semi-acoustique et dont le tempo monte crescendo, s’inscrit sans doute dans une volonté de mettre l’auditeur dans l’ambiance, mais il ne représente pas tout ce qu’il est censé introduire. Au contraire, la suite pioche directement dans l’héritage évoqué plus haut : instrumental de haut-vol où les claviers vintage et les guitares s’entremêlent avec bonheur sur une rythmique groovy (« Warping of the Clock »), ou longue plainte vocodée et ensorcelante (« Freefall »). De même, le doublé « Innocent Line » – « Innocent Reprise » (qui évoque également Weather Report avec ses instruments à vent et ses chœurs « ethniques ») impressionne. Mais le groupe propose également une relecture moderne de ce son, à travers le probable single « Can’t Be Serious » dont la syncope très trip-hop contraste avec des sonorités pour le moins analogiques, ou le magnifique « Brown Piano » en clôture, qui n’aurait pas dépareillé sur le Virgin Suicides de Air avec ses voix susurrées en espagnol et son atmosphère douce-amère. Quant aux références à la formation de Mark Hollis, elles se justifient sur « Our Eyes » ou le magnifique « Arc of Abraham », où les silences et les pauses valent autant que la musique elle-même.

Si A Mountain of One est très porté sur les ambiances calmes et éthérées, on reste pantois devant sa capacité à aller au-delà de la simple « musique planante », écueil qui explique sans doute pourquoi le courant psychédélique est resté oublié pendant des décennies. Ici, chaque titre possède un vrai caractère et une vraie force évocatrice, faisant de l’album un chemin sinueux vers l’espace, plutôt qu’un monocorde décollage d’Ariane.