Manimal - Succube

18/02/2008

Par Christophe Manhès

Label: Jerkov Musiques

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Fiertés hexagonale et «side-projects» de la pointure d’un Gojira, il est indiscutable que les compétences musicales de Manimal leur donne accès à une place de choix au Panthéon des caïds du metal. Rien d’étonnant donc à ce que cela s’entende, particulièrement sur cet album qui doit être vu comme le prolongement brutal et téméraire du précédent Rros & Thanatos. Mais attention, la déflagration Succube ne s’adresse qu’à ceux qui aiment se chauffer au metal le plus torturé et le plus extrême. Pour les autres, c’est presque le choc allergique assuré.

C’est quoi un album de Manimal ? Et bien c’est du metal animal et disons, pour être plus précis, un point de fusion entre le death, le hardcore et le techno-thrash. Dans les moments les plus élégants, on pense aux géniaux Californiens de Psychotic Waltz mais comme subitement devenus fous et dont on aurait saturé d’énergie toutes les composantes. On pense également à la bouillonnante frénésie d’un Dillinger Escape Plan. Mais précisons que si le groupe pratique une musique à l’impact d’une rare violence, cette furia est tempérée par une dextérité instrumentale impressionnante parfois étourdissante, comme sur « After Hours » où le groupe vous précipite dans un vortex de sensations déroutantes. C’est d’ailleurs la plus grande des qualités de cet album d’avoir pu concevoir en arrière-plan du chant très particulier de Ju, une muraille de son aussi massive qu’ouvragée de volutes mouvantes et à l’impact esthétique remarquable.
Mais il vous faudra en passer par deux ou trois écoutes avant que Succube ne révèle enfin les secrets de son art déconcertant et les folies du duo de guitares formé autour de Vidda et Ludo. Quant à la batterie de Brice, c’est un déluge insatiable de « beats » tueurs qui contribue énormément au vertige provoqué par l’album.
On ne peut parler de Manimal sans évoquer le chant très typé et omniprésent de Ju. Maniant l’outrance, sa voix passe continuellement de lignes claires à celles d’un death sauvage, faisant de lui le type même du chanteur qui ne peut laisser indifférent en suscitant autant de rejets que d’admirations.

Une fois de plus, quand il s’agit de constituer un tout — ce que l’on appelle un album —, on peut regretter le manque de perspectives de ce genre d’album. Succube n’échappe pas à cette règle et peine à cacher l’impression d’une simple succession de skuds rivalisant entre eux dans l’énergie et la folie. Les quelques interludes et le concept relativement superficiel consistant à faire reposer chaque titre sur un film célèbre ne change rien à l’affaire. De coup, sur sa fin, l’album s’essouffle un peu autant qu’il nous essouffle. S’il l’avait mieux emballé, avec plus de respirations, Manimal tenait à sa porté l’album modèle.

Hyper-agressive dans ses contours, la musique fait pourtant preuve d’une réelle sophistication à laquelle on aurait tort d’être insensible. Possédant du style et des musiciens hors pairs, Manimal a donc tout d’un grand groupe. Ne manque plus que le grand album. En attendant Succube reste une œuvre passionnante et ceux qui apprécient la chaleur aiguë de ce type de combustible auront largement de quoi se chauffer pour l’hiver.