Thork - Nula Jedan

31/01/2008

Par Aleksandr Lézy

Label: Autoproduction

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Dans la sphère progressive française gravitent quelques groupes, quelques signifiant peu, et parmi ces formations, une personne, un musicien a réussi en une dizaine d’années à multiplier les bonnes œuvres, comme un messie partageant son corps. Cela ne se fait pas sans douleur, la musique en France étant comme un sacerdoce, une lourde croix à porter sur son dos, et même sous les coups de fouet, le pénitent poursuit sa route sans jamais abandonner. On se souvient de Nil avec ses fabuleux Quarante jours sur le Sinaï (2003) et Nil Novo Sub Sole (2005), de Syrinx et ses « Transcripteurs » avec Réification (2003). Thork est la troisième partie du puzzle, le chaînon manquant, celui qui fait le lien avec Sébastien Fillion.

Sébastien Fillion, multi-instrumentiste, écrivain (son dernier livre est paru il y a peu), fort de ses expériences avec ses différents groupes, poursuit son combat avec Thork en 2007 avec Nula Jedan, troisième du nom, enfanté en quatre ans. Nula Jedan est un album étonnant par bien des aspects. Tout d’abord, il possède cette incroyable enveloppe mystique. Puis viennent les mélodies, simples à retenir, d’où le paradoxe de son originalité. Les instruments déploient de nombreux stratagèmes pour sublimer par des effets leur déjà très respectable jeu. L’autoproduction du disque est de haut niveau, professionnelle.

Tout cela est bien beau mais à quoi ressemble Nula Jedan ? Sans nul doute, on peut parler de rock progressif avec du chant en français. Les mélodies transportent l’auditeur dans un univers propre à celui de Thork : mystérieux, parfois sombre, parfois mélancolique. Les morceaux longs permettent des développements riches, avec de beaux passages instrumentaux. Thork ne tombe jamais dans la démonstration, sauf celle de la sensibilité. Les textes amènent un attrait indéniable à la musique comme Lazuli sait si bien le faire. Il est très surprenant de comparer les trois albums du groupe (plutôt un projet personnel dorénavant). Là où Urdoxa (2000) alliait une certaine froideur du rock à un univers folklorique, We-ila (2004) reprenait ces éléments en les sublimant avec une touche encore plus sombre, plus maîtrisée, mieux produite, des compositions splendides. Nula Jedan a distillé tout cela dans une grosse marmite pour en faire, toute proportions gardées, un élixir de jouvence, nettement plus abordable pour un large public. Sébastien Fillion perpétue son cycle des danses : « Danse de la Lune », « Danse du Soleil » sur Urdoxa, « Danse de la Terre » sur We-ila et « Danse des Airs » sur ce troisième volet. Et le petit détail qui tue, Nula Jedan a exactement la même durée que son prédécesseur : 66 minutes et 32 secondes !! Plus d’une heure comme à chaque fois. Peut-on formuler un reproche ? Celui-ci souffre de quelques petites longueurs, rien de bien grave, mais l’ensemble en aurait été plus dynamique sans celles-ci.

Teinté par le rock et la variété française des années 1980 et en même temps moderne par sa riche instrumentation, Nula Jedan paraît être le fruit de nombreuses années de maturation. Sébastien et ses invités, car il n’est pas complètement seul sur le disque il faut le signaler, poursuit son bonhomme de chemin sans jamais baisser les bras et continue à offrir le meilleur de lui-même avec une musique d’une honnêteté sans pareil, qui ne ment tout simplement pas.