Dave Corp - The Sweet Life

25/01/2008

Par Jean-Philippe Haas

Label: Sluggos Goon Music

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Il est fréquent, en particulier dans la nébuleuse progressive, d’assister à la naissance plus ou moins douloureuse de nouveaux sous-genres, parfois autoproclamés. Produits réchauffés ou réelles nouveautés, ces fusions inédites et autres métissages improbables alternent entre réussite artistique et hamburger au gras-double. Le trio américain Dave Corp s’essaie, avec The Sweet Life, au jazz-rock industriel (sic) et revendique entre autres les influences de Miles Davis, Nine Inch Nails, Fishbone, King Crimson ou encore Herbie Hancock, rien que ça.

Sur des structures et des approches mélodiques combinant alternativement jazz, jazz rock et jazz fusion, Dave Archer appose différents types de dissonances, de saturations et d’effets sur les claviers, qui constituent la matière première de The Sweet Life. En effet, pas la moindre trace de guitare sur cet album, bien que le déluge d’effets donne très souvent le change. Soutenu en outre par une production très brute, organique, le disque laisse échapper çà et là des effluves noisy.

« Moron Pills », qui ouvre l’album, est peut-être le titre le moins représentatif puisqu’il est dominé par un heavy rock industriel qui ne laisse de place au jazz que dans sa seconde moitié. De même, « The Sweet Life » reste en eaux connues, celles d’une fusion assez classique, telle qu’elle était pratiquée il y a de cela un quart de siècle déjà, si ce n’est cette production un peu particulière, crispante, métallique. Les compositions de The Sweet Life peuvent donc majoritairement être décrites par un vocabulaire préexistant. Néanmoins, le terme de « jazz industriel » pourra constituer parfois un écrin favorable. Ainsi, « Bad Lieutenant » et « Disorder » incarnent peut-être le mieux cette appellation, bien que ces deux titres soient très différents l’un de l’autre. « Bad Lieutenant » est outrancièrement dominé par un clavier saturé (à moins qu’il s’agisse d’une meuleuse), dissonant, oppressant, et qui confère au titre son statut d’industriel, tandis que « Disorder », beaucoup plus varié, notamment dans les sons utilisés par Dave Archer, accorde un rôle plus important à la section rythmique, tout en entretenant cette atmosphère usinière.

The Sweet Life fait partie de ces albums instrumentaux atypiques, vaguement expérimentaux. On saluera la tentative, qui demande à être réitérée, et la recette, qui nécessite quelque peaufinage. Quant au visuel, qu’on pourrait aisément apposer sur un album de punk de la fin des années soixante-dix, on ne saurait trop recommander au groupe d’y réfléchir un peu plus longuement la prochaine fois !