Khemeïa - Melhandenso

22/01/2008

Par Jérôme Walczak

Label: Autoproduction

Site:

Progueux onirique, pacifique, aérien et primesautier, oublie tes préjugés. Tu n’iras pas forcément te jeter de prime abord sur l’album de Khemeïa, pour des raisons bien légitimes sans doute : d’abord, ils ne sont pas connus (qui peut bien être connu aujourd’hui dans le monde du progressif à part Genesis et leur réformation mercantile ?) ; ensuite, ils font dans le… chargé ! Ça crie, ça gesticule, ça éructe, ça ressemble à une soirée garage dans les faubourgs de Berlin dans les années 1990. On imagine qu’ils ont les cheveux très longs, qu’ils boivent beaucoup de bière et que la finesse n’est pas leur qualité première. Bref, c’est du metal, du vrai, bien mâle et viril et sans ambages. Petit progueux délicat, tu risques de prendre peur et tu aurais tort !

Khemeïa est-il donc un jeune groupe qu’on oserait qualifier de progressif ? Sans doute, bien que tout reste relatif. Résumons le genre à sa substantifique moelle : innovation ! On casse la routine, on attend une bande d’échevelés beuglants et on découvre, avec ce premier album, des fans de Magma, pétris de musique du monde, de rythmes pakistanais, mongols, tibétains, de sonorités extirpées du fin fond de l’Asie Centrale et des grandes plaines qui firent tourner la tête à Gengis Khan et Tamerlan. Ces natifs du Gers placent la barre très haut, en proposant un concept efficace, court, direct (la durée de Melhandenso dépasse à peine les quarante minutes), en inventant un nouveau langage, à mi-chemin entre le Kobaïen et les alchimies (traduction de Khemeïa en grec) lovecraftiennes.

L’auditeur intrépide navigue au sein de rythmes soutenus, hypnotiques (« Donseht »), saccadés, couverts de riffs de guitare puissants, assez peu élaborés mais meublant à merveille cette délicieuse cacophonie. Les voix masculines, parfois féminines (avec un effet pompeux particulièrement bienvenu) s’entrechoquent, se succèdent dans un rythme effréné, couverts par les hurlements si caractéristiques du genre. Cet ensemble finit par devenir véritablement harmonique. L’album est structuré, ponctué de douces et reposantes mélopées puisant leurs origines dans des folklores inhabituels : asiatiques, polynésiens, indiens (« Umi Wa »). Le metal ethnique était à inventer, Khemeïa a osé. Leur dynamisme ébouriffant mérite bien plus que quelques minutes d’attention : les compositions sont construites, cohérentes, rafraîchissantes. Un excellent album !