Dawn - Loneliness

10/01/2008

Par Christophe Gigon

Label: Autoproduction

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Dawn est une jeune formation helvétique de Suisse romande déjà connue des lecteurs de Progressia puisque deux comptes rendus de leurs concerts sont déjà parus sur notre site (Progsol 2006 et Montreux Prog Nights 2007). A signaler d’ailleurs que le bassiste du groupe, Julien Vuataz, est l’organisateur de concerts progressifs du plus haut intérêt à Montreux, ville mythique s’il en est. Loneliness est leur premier album autoproduit. Les six titres composant cet effort inaugural ont été passablement rôdés en public et cela se remarque à l’écoute du disque. Tout est bien en place et aucun amateurisme de mauvais aloi n’est à déplorer. Le son est professionnel et le mixage, cristallin, ne laisse aucune finesse instrumentale en déshérence. Un bon point. Les atouts et faiblesses du groupe, déjà remarqués lors de leurs différentes prestations scéniques (en première partie de Kansas ou de Fish, puis au Progsol et enfin aux Montreux Prog Nights) se révèlent encore plus patentes en studio grâce à la production toute en clarté d’Olivier Charmillot. Analyse détaillée.

Le claviériste du groupe, Nicolas Gerber, reste naturellement le maître musicien de la bande tant les sons qu’il parvient à sortir de ses antiques claviers replongera l’auditeur à l’aube des glorieuses années soixante-dix. Tony Banks ne parvient plus lui-même (ou ne le veut-il plus) à produire ces magnifiques nappes de claviers tirés de Foxtrot (Genesis). Voilà, l’information est lâchée : Genesis reste de toute évidence l’influence majeure et pas encore tout à fait digérée de Dawn. Et ce ne sont pas uniquement les sons de claviers clonés sur ceux de papy Banks qui font poser cette lourde sentence. La guitare « hackettienne » en diable de René Degoumois ne viendra pas prouver le contraire même si son jeu semble parfois un peu limité : mêmes envolées lyriques, même style et semblable travail sur les ambiances comme aimait à le pratiquer le mystérieux barbu assis des débuts de la Genèse. Le jeu de la section rythmique est sobre mais d’une efficacité redoutable. Une assise rythmique très professionnelle qui aide grandement à procurer ce sentiment qu’a l’auditeur d’écouter un groupe confirmé. Malheureusement, et même s’il en coûte de revenir encore là-dessus, la voix du guitariste-chanteur reste bien en deçà de la qualité intrinsèque du reste de la bande. Une prestation qui semble évidemment plus maîtrisée sur disque qu’en public même si tous les défauts remarqués alors ne sont pas évincés : une voix très ordinaire et qui peine trop souvent à atteindre les aigus que nécessite ce chant lyrique extrêmement maniéré. Ajoutons à cela un accent français à couper au couteau (suisse !) et cela suffit à refroidir un peu l’auditeur qui parviendrait sans peine sans cela à entrer dans le monde musical de Dawn.

Et qu’en est-il des compositions ? Musicalement, celles-ci sont fort honorables et savent s’écarter parfois des chemins empruntés par l’équipe à Collins même si l’influence reste pesante. Parfois, Dawn oublie un peu Genesis (« Loneliness ») mais c’est pour mieux rappeler King Crimson à notre bon souvenir (« I Talk to the Wind »). Mais, dans l’ensemble, et si on excepte les trop longs « The Brook » et « The Story of Nobody » (très long morceau assez peu inspiré), les compositions tiennent la route. Mention spéciale pour le premier et le dernier titre qui se répondent en écho et qui sont de magnifiques compositions, envoûtantes en diable. Les textes, quant à eux, sont peu recherchés et le vocabulaire basique. Pourquoi, dès lors, ne pas chanter dans sa langue maternelle, à savoir le français ? D’autres ont su porter le rock à des niveaux qui n’ont rien à envier aux Anglo-saxons. (Ange, Galaad et Lazuli pour le rock progressif et Alain Bashung ou Arno pour le rock de qualité).

Un premier album de bon augure donc malgré les quelques handicaps relevés tantôt. Pour un premier album, la barre est tout de même placée assez haut et les exigences du quartette sont imposantes. Encore une fois, le produit fini, tant au niveau du fond que de la forme (relevons encore une fois l’excellent travail effectué sur la prise de sons) est non seulement à la hauteur mais même bien meilleur qu’une bonne partie des productions progressives traditionnelles.