Blotted Science - The Machinations of Dementia

24/12/2007

Par Jean-Philippe Haas

Label: Spastic Music Publishing

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Alors que le Mathematics de Watchtower semble définitivement condamné au statut d’arlésienne, Ron Jarzombek concrétise le projet Blotted Science, initié il y a deux ans avec le bassiste Alex Webster (Cannibal Corpse). Le temps d’une petite valse des batteurs, et c’est finalement Charlie Zeleny (Behold… the Arctopus) qui hérite de la périlleuse mission d’accompagner Jarzombek dans cette aventure instrumentale extrême.

Blotted Science renvoie dans leurs pénates les prétendants au titre du maelström instrumental le plus dévastateur et ne s’adresse donc pas aux oreilles douillettes, meurtries dès que leur 4/4 chéri se trouve un tant soit peu malmené. Ici, tout n’est qu’orage grondant, tourbillon de notes, éclairs incontrôlables zébrant un ciel menaçant, tempêtes imprévisibles, à l’image des changements perpétuels de « Laser Lobotomy » ou de « Activation Synthesis Theory », qui désorientent à la première écoute. C’est une véritable démonstration que Jarzombek accomplit sur cet album, redoutablement secondé par Webster, co-auteur des titres, dont le ronflement de basse souvent ultra-groovy est secondé à la nanoseconde près par la double-pédale de Zeleny. Jarzombek rappelle qu’il est l’un des plus grands techniciens du metal et que son jeu, immédiatement identifiable, a contribué dans Watchtower à donner au metal progressif sa signature guitaristique, au moins autant que les fanfaronnades d’un certain virtuose suédois. Les habitués de Spastic Ink ne seront guère dépaysés par The Machinations of Dementia, si ce n’est par une puissance de feu et une production beaucoup plus impressionnantes. L’influence de Jarzombek reste donc prédominante, à l’exception de quelques titres, où la vapeur se renverse par instant (« E.E.G. Tracings », « Amnesia », « Sleep Deprivation »), laissant s’exprimer les cataclysmes du death metal de Cannibal Corpse. Qu’il fasse moins de deux minutes ou plus de huit, chaque titre apporte son lot de surprises, de cassures, de micro-passages chirurgicalement greffés à la trame générale, si tant est que ce terme puisse être utilisé pour un album dont la rupture est le credo. The Machinations of Dementia prend constamment à la gorge, n’offrant que sur quelques introductions ou interludes la possibilité de reprendre son souffle (« Oscillation Cycles », « Vegetation »).

Il faudra de nombreuses et patientes écoutes pour apprécier les saveurs du magma en ébullition contenu dans ce chaudron. Les oreilles chastes seront bien vite saturées par cet incroyable déferlement, tandis que les tympans plus tenaces et plus résistants saisiront petit à petit toutes les nuances de cette entreprise de démembrement cérébral.