Ritual - The Hemulic Voluntary Band

24/12/2007

Par Christophe Manhès

Label: InsideOut Music

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À la suite de quinze années d’activité à la rescousse du folk/rock progressif, genre moribond s’il en est, on peut dire que le nouvel album des Suédois arrive à point pour les fêtes de Noël 2007. D’abord parce qu’il est bon, ensuite parce que le groupe s’est plongé dans la littérature traditionnelle de son pays pour en ramener un joli conte, loin de la mièvrerie du genre, en parvenant à concilier fraîcheur de style et atours plus complexes et originaux que la moyenne.

Sans être totalement conceptuel, The Hemulic Voluntary Band est en grande partie la mise en musique de l’un des contes les plus célèbre de Suède, « Papa Moumine et la mer ». L’œuvre de l’écrivain Tove Jansson décrit une fantaisiste méditation sur la solitude, en se servant de personnages à la gravité inhabituelle dans le contexte du récit populaire. C’est tout l’honneur de Ritual, et la réussite de cet album, que d’avoir restitué fidèlement cette intéressante ambivalence. Du coup, à la simplicité apparente de la musique s’ajoutent une intensité, une originalité et une virtuosité — bien que relative — qui les démarquent de beaucoup de leurs camarades, même s’il est impossible évidemment de s’empêcher de penser aux prouesses de Gentle Giant. Jamais ostentatoire, la musique de Ritual montre une ambition formelle intéressante, beaucoup plus subtile et captivante par exemple que celle des Américains de Spock’s Beard, dont ils pourraient être les cousins suédois.

Il faut aussi souligner que ce quatrième album utilise une richesse instrumentale peu commune, faisant jouer ensemble bouzouki, mandoline, flûtes, harmonium, harmonica et nyckelharpa, qui plantent sans difficulté un décor pittoresque et chaleureux. La rythmique, l’un des points forts du disque, trouve également le ton juste en sortant régulièrement des sentiers battus. C’est que les Moumines ne se rencontrent pas sur les chemins trop fréquentés… Même les titres les plus pop sont attachants. Au lieu de les traiter comme des images un peu naïves (on peut regretter tout de même le goût douteux de la pochette), ils ont ce petit « truc » qui donne envie d’y revenir. Simples et expressifs, les arrangements de « The Groke » sont ainsi à la fois si évidents et singuliers que l’on se laisse porter sans résistance par cette vague voluptueuse et un brin nostalgique.

The Hemulic Voluntary Band, c’est également un son d’exception. Véritable cinquième membre de Ritual, « Monsieur » Hans Fredriksson, l’ingénieur et coproducteur de la bande, fait ici des miracles. En choisissant de mettre en valeur la simple beauté du son du bastringue bariolé du groupe, la musique acquiert une dimension plus profonde que jamais. Même la voix de Patrick Lundström profite de cette sincérité. Sur « A Dangerous Journey », en introduction, presque seul face au dépouillement instrumental, le ménestrel démontre une puissance d’évocation et un art vocal peu communs.

Il est vrai que du haut de ses vingt-six minutes « A Dangerous Journey » nous échappe parfois un peu. L’introduction est longuette, et ça et là, on a une désagréable impression de collage. De plus, malheureusement, sur la forme, on reste en terrain connu. Ritual nous avait ouvert l’appétit, mais surcharge un peu le dessert. Pourtant, même handicapé par son aspect plus classique, ce titre fleuve possède, notamment sur la fin, de beaux moments de bravoures qui raviront les fans de progressif symphonique moderne.

Avec The Hemulic Voluntary Band, Ritual réussit le grand écart en s’avérant capable d’accrocher les oreilles exigeantes comme celles rompues aux symphonismes « classicisants » de Flower Kings ou Spock’s Beard. Finalement, le vieux viking à la toque rouge n’aura pas eu à se déplacer bien loin pour trouver de quoi remplir sa hotte. Pour bien commencer l’année 2008, cet album sera parfait.