Hamtaï ! - Hommage à C. Vander

21/12/2007

Par Mathieu Carré

Label: Welcome Records

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L’énumération qui précède attise la curiosité autant qu’elle impose le respect et, soyons francs, le simple fait que cet album ait vu le jour le rend presque intuitivement incontournable. Alors que la mort du disque n’en finit plus d’être annoncée, voire acceptée, l’initiative d’Alain Juliac soutenu par le jeune label Welcome Records et l’engagement qui leur a permis de mener ce projet à terme se doivent d’être salués à leur juste valeur. La passion sincère peut donc encore offrir de belles surprises ; en l’espèce un hommage à la musique du batteur le plus charismatique qui soit, Christian Vander. A la fois créateur et acteur de sa propre mythologie, fondateur à lui seul du mouvement zeuhl, timonier d’une communauté navigant parfois entre admiration aveugle et doux fanatisme, l’homme et ce qu’il représente tant sur le plan humain que musical ne peuvent que fasciner. Un simple échange via internet avec un gamin de seize ans vivant au fond des Etats-Unis et connaissant déjà son petit kobaïen illustré sur le bout des doigts ou la découverte sur scène du phénomène Magma bientôt quarantenaire le confirment : Vander a créé de toutes pièces sa légende, à la force de son talent, de sa vision singulière de la musique, et à l’heure où des personnalités aussi passionnantes que Justine Hénin ou Benjamin Castaldi se croient autorisées à nous dévoiler leurs moindres secrets, une biographie du maître es fûts serait la bienvenue pour mesurer son importance.

Si l’homme reste irremplaçable, le voyage en vingt-six étapes à travers la nébuleuse de son œuvre s’annonce passionnant. Anciens et récents membres de Magma, disciples issus de la sphère zeuhl et même simples admirateurs disséminés à travers la planète (mais est-ce si loin, à l’échelle de l’univers ?) ont répondu favorablement à l’appel de Juliac, lancé en 2005. Aucune contrainte de titre (trois versions de « Mëkanïk Destruktïw Kommandöh » et de « Zombies »), aucune contrainte musicale, un matériau de base idéal, que demander de plus ? Après une bande-annonce en forme de medley halluciné et souriant assuré par Koenjihyakkei, les espoirs se transforment en exigences, on s’attend à être pétrifié dans l’instant. Malheureusement, là ou certains se permettent tout ce qu’ils envisagent, d’autres semblent presque paralysés par les pouvoirs qu’on leur confère, retouchant parfois trop modestement l’œuvre qu’ils devaient réinventer, trop proches de l’original pour l’éclipser réellement (« Day after Day » de Troll entre autres). En insistant avec un peu de mauvaise foi, on en vient même à constater que les relectures les moins conventionnelles viennent des artistes les plus distants de Christian Vander : hasard ou coïncidence ? Ainsi au niveau hexagonal, si Le Gré des vents ou Ad Vitam laissent un peu froid, les jeunes intrépides Auvergnats de Kafka délivrent un stupéfiant « Mëkanïk Destruktïw Kommandöh » tout en acier et guitare et John Trap ou NeBeLNeST n’hésitent pas non plus à rentrer tout en puissance au cœur des compositions. La richesse de l’univers de Vander resurgit et ouvre de nouvelles perspectives, d’autres envies, peut-être un peu plus loin des polyphonies mystiques originales, un air de doudouk apaisé introduit avec classe « Klaus Kombalad », James McGaw sort un chorus poisseux digne d’AC/DC avec Kramus (qui n’est autre que… le fils de Stella Vander), Lockwood se multiplie au violon pour à peine plus de minutes de bonheur et Klaus Basquiz rend un « De Futura » inoubliable à coups de superpositions gutturales dignes des plaines mongoles. Chaque audace paie, et même s’il est impossible de toutes les détailler, les satisfactions et les surprises l’emportent largement sur les relatives déceptions.

Naturellement inégal par la liberté laissée aux artistes et l’importance du travail recueilli, Hamtaï ! est réellement un passionnant hommage à la musique de Christian Vander qui, loin de son maître, vit plus que jamais. Les rares égarés qui chercheraient encore le moyen d’y plonger trouveront peut-être ici enfin la réponse à leurs interrogations. Quant aux éventuels réticents à ce remodelage, l’écoute du « Tïlïm M’Dohm » transformé en générique de manga sous synthétiseurs par Mats & Morgan, et surtout celle de l’immortel « Kobaïa » arrangé version lounge – cocktail – jean super slim par Madame pourrait bien les terrasser sur place mais aussi les faire succomber à ces étranges musiciens qui ne respectent rien.