Glass - Live at Progman Cometh

07/12/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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Parfois, la vie réserve vraiment de (très) bonnes surprises ! L’amateur éclairé – ce que tu es, lecteur – serait tout à fait enclin à fuir devant ce petit album qui ne paie pas de mine : un live d’un groupe inconnu. Et pourtant, ces diablotins de Musea savent s’y prendre pour trouver d’excellents groupes et marquer les esprits. Il reste nos colonnes pour faire l’essentiel : donner envie d’acheter un disque de plus, mais quel disque honnêtement !

Glass est apparu aux Etats-Unis il y a plus de trente ans. Issu d’un projet familial dans les années soixante-dix, les musiciens n’ont jamais réussi à persuader la moindre maison de disque de leur faire confiance. Aujourd’hui, le vent tourne. Un souffle dont on pourrait à ce propos allègrement discuter car il semble en contenter plus d’un : l’attrait, par nostalgie, par envie, par passion pour les seventies, cette époque où le rock progressif représentait un voyage extraordinaire, des successions d’impressions, des émotions en cascade, du rêve, tout simplement !

Dans la première partie très « piano-saxophone », les claviers font immanquablement penser aux plus belles années de Dire Straits, avec des développements énergiques, où la touche est appuyée avec fougue, relayée par une guitare dynamique et de petites sonorités claires et épurées (rappelant le Marillion du début des années Hogarth, époque Season’s End). Le final « Astral » entretient en effet d’étroites connivences avec les introductions cristallines de « Berlin ». On retrouve de telles pérégrinations exotiques sur « Big Sur 09-14-2000 », certainement une des œuvres les plus construites de ce disque : arrière-fond anxiogène à la basse, heureusement équilibré par un ensemble de claviers, à mi-chemin entre le symphonique et la musique de film policier, qui suscitent une série d’images plus que réjouissantes, l’ensemble étant ponctué de chœurs presque tribaux. Ce morceau rend la tâche du chroniqueur bien délicate car une telle richesse semble bien difficile à résumer en quelques mots. « Miles, Monk, Elton And Mom », enfin, est un bijou. Ce titre tient pour sa part de Jean-Pascal Boffo ou de Joe Satriani, avec une introduction très nocturne, des claviers très doux et un saxophone plaintif à souhait. Saluons au passage la présence du regretté Elton Dean sur cet album qui n’a de live que le nom, tant l’ambiance de concert est mal restituée, et c’est dommage parce qu’y être devait être fabuleux. Ajoutons enfin la présence de Hugh Hopper, du Hammond, certains thèmes typiquement seventies, entre Genesis et King Crimson (« No Stranger To the Sky »)… Un déluge de bonnes choses, en résumé.

Live at Progman Cometh est une excellente synthèse : le jazz occupe sa part noble, les improvisations sont somptueusement mêlées de sonorités progressives très contemporaines, d’envolées de claviers et de développements qui sont à même de combler l’amateur le plus éclairé comme le simple amateur de bonne musique. Glass est accessible, bon point pour eux ! Ils savent également jouer, cela s’appelle le talent.