Coheed and Cambria - No World for Tomorrow

07/12/2007

Par Djul

Label: Sony/BMG

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Il aura fallu attendre la parution du dernier chapitre de la tétralogie de Coheed and Cambria pour qu’une chronique les concernant paraisse chez Progressia ! Et ce malgré une timide apparition dans une playlist en 2006 et de notre présence à leur excellent concert parisien d’octobre dernier. Le groupe est d’ailleurs décrié : imagerie geek mâtinée de Star Wars, chanteur castrat qui ferait passer Cedric Bixler de The Mars Volta pour Max Cavalera, et surtout une musique trop accrocheuse pour être honnête, aux yeux (et aux oreilles) du public progressif.

Et pourtant… on a affaire à un phénomène ! L’imagerie ? Coheed and Cambria propose une histoire autour de deux personnages (Coheed et… Cambria) en quatre volumes, soit autant d’albums, qui se rejoignent et s’expliquent, le tout illustré par des comic books (les Armory Wars) : difficile de ne pas appeler cela de l’ambition ! Le chanteur ? Il surprend aux premiers abords, et peut effectivement rebuter (ad vitam eternam), mais si Geddy Lee n’est pas insupportable pour vous, continuez de lire ce qui suit ! La musique ? Il faut au moins les deux paragraphes suivants pour en parler !

Nous avions qualifié le groupe de Rush 2000. Qu’on nous pardonne cette approximation, mais elle rend bien compte de l’étonnante faculté du groupe à composer une musique terriblement accrocheuse tout en étant très complexe, à l’instar du trio dans les années quatre-vingt. On pourrait également penser à ce que proposait Iron Maiden au cours de cette même décennie avec Somewhere in Time et Seventh Son of a Seventh Son, à savoir une combinaison d’agressivité et de complexité. Cette facette du groupe est représentée par la première partie de ce No World for Tomorrow. Le morceau-titre mélange d’entrée de jeu des riffs et des rythmiques syncopés avec un refrain fédérateur et des gimmicks emo-core, comme ces chœurs virils assez osés ! Le titre suivant, l’un des meilleurs jamais composés par la bande de Claudio Sanchez, fait place à une instrumentation décalée des claviers, agrémenté d’un passage central que ne renierait pas Alex Lifeson. Même dans l’exercice de la ballade, qu’il avait copieusement raté auparavant (« Wake Up » aura sans doute empêché plus d’un de réécouter une seule fois le groupe), Coheed and Cambria sort vainqueur, en ajoutant un final puissant tout simplement magnifique (« Mother Superior »). Le seul reproche que l’on peut faire est de céder parfois à la facilité dans les refrains (celui de « The Running Free » par exemple), en se transformant presque en groupe de glam rock (« Justice in Murder »).

Tout comme son prédécesseur, Good Appolo, I’m a Burning Star IV (ouf !), ce nouvel album est scindé en deux parties : une série de chansons et un long et épique morceau décomposé en plusieurs titres. C’est donc un pavé de quatre titres (plus une introduction) qui clôt les débats. Et pour le coup, c’est un parcours sans fautes ! « Radio Bye Bye » met en évidence tout le travail à deux guitares effectué par Claudio Sanchez et Travis Stever, entre rythmiques efficaces et enluminures mélodiques interprétées en roue libre. « The End Complete » montre la face la plus sombre et dure du groupe, avec une seconde partie flirtant avec Dream Theater puis Therion (pour ces chœurs masculins menaçants) ! « The Road and the Damned » apaise en douceur avec ses arpèges aériens, avant le « grand final », « On The Brink », où Tool copule joyeusement avec Led Zeppelin, sans que la marque de fabrique de « CoCa » ne disparaisse une seconde. Et on note avec plaisir que la fâcheuse tendance à reprendre des thèmes d’une chanson dans une autre, qui alourdissait Good Appolo, I’m a Burning Star IV, a ici disparue.

No World for Tomorrow est sans aucun doute une des sorties marquantes de cette année, pour peu que le déstabilisant mélange emo-prog ne vous rebute pas. Pétri de talent en studio, nous avons aussi pu constater que le groupe n’en manquait pas sur scène. Reste à savoir ce qu’il en fera, maintenant que sa mini-saga est achevée. Le groupe envisage de changer de nom pour coller à un nouveau concept. Preuve qu’on peut faire de la musique accrocheuse, progressive et honnête !