Sleeping People - Growing

05/12/2007

Par Aleksandr Lézy

Label: Temporary Residence Ltd

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Originaires de San Diego, Sleeping People connait un début de carrière tout à fait chaotique. Après avoir sorti un album éponyme en 2005 et travaillé sur son présent successeur, Joileah Maddock, membre fondatrice du groupe, part pour New-York. Elle est alors remplacée par une autre femme, du nom de Amber Coffman, qui, au bout d’un an, part elle aussi… à New-York, rejoindre un autre groupe. De quoi inciter Joileah Maddock à revenir finir Growing, qu’elle avait laissé en plan !

Creusant sa voie dans la pure veine math-rock, Sleeping People se démarque par la force de ses mélodies et la façon dont les riffs sont présentés. Rien ne donne dans l’excès ou dans la complète déconstruction sonore, et tout est propre même si les dissonances et autres artifices sont de mèche avec les rythmes alambiqués et les superpositions de riffs.
C’est là tout l’attrait de ce Growing, qui semble de fait beaucoup plus mûr, par ses choix artistiques, que Sleeping People. La production des guitares est claire, laissant respirer les riffs complexes dans un espace ouvert. La batterie et la basse n’en sont alors que mieux mises en évidence. Les morceaux qui semblaient être à la base du remplissage, comme « …Out Dream », « Underland » ou encore « It’s Heart Love Open » ouvrent en fait sur des possibilités musicales étonnantes. Chacun de ces petits morceaux est la composition de l’un des trois instruments (guitare, basse, batterie), dans une veine expérimentale et différente des moments clefs du disque.
Après plusieurs écoutes, on est en droit de se demander quel aurait été le sort de cet album sans la patte absolument géniale de Joileah Maddock ? Son jeu de guitare est la marque de fabrique du groupe et le hasard, la magie de l’interaction ou l’intelligence de vouloir donner au disque des couleurs supplémentaires sauvent Growing de la linéarité. L’on pourra toujours trouver des défauts par-ci par-là, comme le choix de certains riffs un peu simples, mais cela pourrait être à nouveau instantanément transformé en qualité. Voilà un disque qui ne se contente pas de la complexité pour la complexité, alternant facilité et indiscutable difficulté. L’équilibre se fait au fur et à mesure des toutes petites quarante-cinq minutes du disque.

Sleeping People transforme l’essai du premier album avec ce Growing synonyme d’évolution artistique. Ils ont grandi et le prouvent, en utilisant certes des concepts mille fois essorés, mais employés ici dans un souci d’intelligibilité. Ce qui paraissait abscons pour certains auditeurs pourrait se révéler ici nettement plus abordable. Malgré les péripéties inhérentes à tout groupe, il en fallait pour ne pas abandonner !