Devil's Slingshot - Clinophobia

26/11/2007

Par Julien Damotte

Label: Mascot Records

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Après une première tournée aux allures de récré, les trois virtuoses incontournables que sont Tony Mac Alpine, Billy Sheehan et Virgil Donati ont décidé de composer un album taillé pour la scène et ainsi alimenter les set lists de leur deuxième tournée. D’après Mac Alpine, instigateur de ce projet, Clinophobia est un mélange de metal instrumental, de jazz et de fusion. Les amateurs de prouesses techniques et d’albums instrumentaux auraient donc, à priori, de quoi se lécher les babines. Et pourtant…

Dès la première écoute, le mot d’ordre est bel et bien « efficacité ». Les titres sont courts, sans fioritures et pour la plupart, suivent le modèle éculé « couplet-refrain » avec des thèmes comme celui de « Ocean » qui fleurent bon le déjà entendu. Evidemment tout le monde y va de sa petite prouesse technique ça et là : tapping à la basse sur « Def Bitch Blues », double pédale à gogo et sweeping en veux-tu, en voilà sur la plupart des morceaux. Bunny Brunel, partenaire de Donati et Mac Alpine au sein de C.A.B., ainsi que sur la tournée de Michel Polnareff, est même venu placer un joli solo de fretless sur « Hourglass ». Pourtant la virtuosité ne prend jamais le pas sur le côté direct des titres, ce qui sera sûrement une source de déception chez ceux qui s’attendaient à une démonstration de force de la part des trois virtuoses. Ce côté brut et direct est accentué par l’absence presque totale de claviers, mais surtout par un son sans relief, ultra compressé et, il faut l’avouer, sans âme.

En effet, le moins que l’on puisse dire est que la production est vraiment décevante. Les sons de guitare, une habitude chez Mac Alpine, sentent trop le transistor et par conséquent n’ont aucune chaleur, la basse est peut-être un poil trop en avant dans le mix, et surtout la batterie, beaucoup trop compressée, sonne comme du papier mâché. Le jeu de Virgil Donati, un des atouts majeurs de ce trio, est loin d’être mis en valeur et il faut vraiment tendre l’oreille pour apprécier toutes les subtilités rythmiques, notamment le jeu de cymbales qui souffre lui aussi de cette production bâclée. Les passages de double grosse caisse, comme dans les intros de « Def Bitch Blues » et « Flamed » ou les ponts de « Injustice Line » perdent toute leur efficacité et on se demande comment un perfectionniste maladif comme Donati a pu laisser passer ça.

Côté performance et composition, c’est le même sentiment de « vite fait, (presque) bien fait » qui se dégage au fil des titres. Certains enchaînements sont trop convenus, les solos de guitare peu originaux et les fins des morceaux semblent toutes avoir été bâclées. Très court et peu soigné, Clinophobia est vraiment loin de tenir ses promesses – si promesses il y avait – et il est difficile de croire qu’il restera dans les annales. Ressortez vos disques de C.A.B., réécoutez-vous du Planet X, mais laissez cette ébauche d’album là où elle est.