Yochk'o Seffer - My Old Roots (rééd.)

26/11/2007

Par Mathieu Carré

Label: Musea

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Parler de la musique de Yochk’o Seffer revient à parler de la musique du vingtième siècle. Saxophoniste et pianiste hongrois, installé en France depuis 1956 et formé au conservatoire de Paris où son goût immodéré des ensembles de cordes rencontrera Webern ou Schönberg, il a toujours envisagé son parcours artistique comme la rencontre des cultures. Il convient donc de remercier Musea d’éclairer avec cette réédition, l’œuvre de ce musicien méconnu, qui de Zao à Magma en passant par sa propre formation hybride Neffesh-Music n’a cessé d’aller de l’avant en se nourrissant de ses expériences passées.

Des racines hongroises de Yochk’o Seffer reste une admiration absolue pour Belà Bartok et surtout une appréhension presque viscérale de sa culture musicale populaire. Son souffle rappelle Gato Barbieri, revisitant le folklore sud-américain, Don Cherry invitant le monde à sa table et surtout plus près de nous, Akosh S. criant l’histoire de son peuple à travers ses anches. Accompagné du quatuor Margand au sein de Neffesh-Music, la rencontre avec des sonorités plus synthétiques fait des étincelles, surprend avant de convaincre lors du final de « Jonetsu for Judith » secoué par un soubresaut de triangle hypnotique. Le cœur de l’album rend hommage au talent d’un autre compagnon de longue date de Seffer, le violoniste Katy Lajos Horvath. Ce duo intime (issu de l’album Chromophonie datant de 1980) transcende encore plus l’âme slave, tour à tour fougueuse et joyeuse puis sombre et retenue. Seffer préférant le piano à ses saxophones, mélange les accords plaqués à la Stravinski aux complaintes du violon pour évoquer sans détour la musique classique du début du vingtième siècle : « Os-Gyoker » d’une noirceur terrifiante et la longue suite « Le diable angélique » qui parvient à ne pas sombrer dans une abstraction excessive témoignent de la relation quasi-télépathique unissant les deux musiciens.

Si le long morceau « Délire » qui porte malheureusement parfois bien son nom vient refroidir un peu l’enthousiasme général, la qualité d’ensemble de cette compilation reste excellente. A l’opposé de certains groupes qui font de l’affrontement radical des influences une marque de fabrique, Yochk’o Seffer donne l’impression de pétrir une matière musicale hétérogène jusqu’à l’excès pour en extraire une substance semblant cohérente depuis toujours, Magma issu de phénomènes telluriques difficilement maitrisables pour le commun des mortels.