familha Artús - Òrb

24/11/2007

Par Fanny Layani

Label: Collectif Ca-i

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Avec Òrb, la Familha Artus revient au disque (après Òmi en 2003), en grande forme et semble-t-il bien déterminée à faire avancer les (d)ébats dans le petit monde des musiques nouvelles et originales de notre pays.

Le propos de base, esthétique autant que militant, n’a pas changé. Le groupe s’appose lui-même l’étrange étiquette de « cosmotrad ». Cosmo, comme « cosmopolite », et trad, on s’en doutera, pour « traditionnel ». Bigre. Voilà qui ne manque pas d’ambition, tant à première vue ces deux termes peuvent sembler antinomiques, si tant est que le cosmopolitisme – conçu comme une valeur d’ouverture et d’échange – est marqué du sceau de la modernité, tandis que les musiques traditionnelles restent souvent, dans l’esprit de nombre d’auditeurs, associées aux vieux de nos campagnes et aux bals folkloriques désuets en costumes aux charmes surannés. Et pourtant… ces musiques, de par leur transmission orale, sont loin d’être figées et immuables, et la Familha Artus démontre avec Òrb, et à l’instar d’un Dupain provençal, que les musiques d’inspiration traditionnelle sont en permanente évolution et s’accommodent parfaitement des approches musicales et techniques les plus modernes. Ce nouvel album pousse en effet bien plus radicalement le propos entamé avec Òmi, développant une personnalité musicale extrêmement intéressante.

Ainsi, si le groupe chante en gascon des thèmes traditionnels à deux voix elles-mêmes typiquement « trad » dans leur approche, et manie avec enthousiasme vielle, baishon, flûtes et autres guimbardes, c’est dans un esprit bien plus aventureux que nombre de groupes se réclamant de divers courants d’avant-garde. La vielle (alto, ce qui rend son timbre moins signé) est souvent passée aux travers de divers effets, et occupe à merveille des fonctions tant rythmiques que mélodiques, qui auraient été, d’ordinaire, affectées à une guitare électrique au son saturé. L’ensemble est soutenu par des machines, dans un esprit drum’n’bass ou electro, selon les titres. Et lorsque le groupe se dote d’une batterie (c’est alors un autre Gascon, Michaël Hazera – ex-Sotos et Zaar – qui s’y colle), sur « Pater deu lop », cela produit sans conteste le meilleur titre de l’album. Un texte parlé, inlassablement répété, en un crescendo lent sous lequel des rythmiques electro se glissent et se densifient peu à peu, pour aboutir à un paroxysme hurlant, avant un lourd riff des plus actuels, et que n’auraient pas renié certains groupes de post-rock ou de metal, surmonté de flûtes gentiment free.

Les ambiances, souvent pesantes de par les textures sonores créées par Drücpa Dracous et ses bidouillages électroniques, sont véritablement prenantes. L’homogénéité des timbres est intéressante, comme celle des tessitures (on navigue le plus souvent dans un bas medium confortable, vielle à roue et basse piccolo obligent), et renforce le propos musical et la cohérence du disque, sans parvenir à lasser. On peut toutefois regretter que le groupe ne fasse pas plus souvent usage d’une véritable batterie, ce qui laisserait davantage de latitude aux machines pour explorer d’autres champs sonores, dégagées qu’elles seraient de l’impératif rythmique qui semble ici parfois les brider.

Quoi qu’il en soit, Òrb est une heureuse surprise. Puisant dans des influences aussi diverses au service d’une démarche progressive et totalement décomplexée, la Familha Artus a su faire son miel de cet ensemble hétéroclite et propose avec ce second album, une œuvre bien plus aboutie et innovante que sur son premier essai discographique. Le groupe développe un propos original et extrêmement personnel, que l’on ne peut qu’espérer promis à un avenir florissant.