Edition Spéciale - Horizon Digital (réédition)

20/11/2007

Par Christophe Manhès

Label: Musea

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Toujours conduit par les claviers intrépides d’Ann Ballester et la guitare colorée de Mimi Lorenzini, Edition Spéciale sort en 1978 un troisième album, Horizon Digital, parfait prolongement du précédent et appréciable Aliquante. Le groupe, légèrement remanié, intègre désormais deux nouveaux musiciens, François Guillot à la basse, un fervent admirateur de Stanley Clark et de Pastorius, et surtout Mireille Bauer au vibraphone, ex Gong et future Ribeiro + Alpes, qui apporte une teinte originale et particulièrement étincelante au jazz-rock vitaminé du groupe.

Disons-le d’emblée, Horizon Digital est le prototype même du disque sympathique auquel on s’attache très vite. D’abord parce qu’il contient beaucoup de bonne humeur et que les méandres de ses joutes instrumentales vous grisent comme un grand huit de fête foraine. Ensuite parce que le disque diffuse une indéniable fantaisie, étayée en cela par un chant proche des comédies musicales seventies. Enfin parce que, toujours avec style, le groupe a paré son album d’un nombre appréciable d’influences qui vont du funk, du progressif jusqu’à la musique sud-américaine. Quand l’on ausculte de près les titres des caractéristiques communes se dessinent révélant des préambules jazzy, presque pop, pour déboucher ensuite sur de formidables réjouissances typiquement jazz rock. Mélodiques et techniques les cavalcades instrumentales prennent alors une dimension tripante à force d’étourdir.

Si l’on adhère à son style, que certains peuvent trouver daté, on s’aperçoit que Horizon Digital contient peu de faiblesses et même de très grands moments de musique capables de rivaliser sans complexe avec les meilleurs standards du genre à l’instar de « Camara » et ses magnifiques soli de vibraphone ainsi que les deux derniers titres d’un l’album qui finit en beauté. « Jungle’s Jingle » est un pur bonheur musical, un petit chef-d’œuvre impertinent d’une étonnante dextérité, situé au carrefour du Canterbury et de la Zeuhl. Il commence par un curieux jeu musical, proche des jingles de dessin animé, pour ensuite aligner à travers une exécution incroyable, la basse de Guillot en tête, une étourdissante série de breaks aussi rapides que pertinents. Quant à « Confluence », il continue sur cette lancée zeuhlienne et ébouriffante mais dans une version particulièrement exotique.

Horizon Digital est donc un véritable festival de sensations positives qui fait preuve d’une étonnante maîtrise et d’un foisonnement rythmique merveilleux. La remasterisation n’est peut-être pas irréprochable, le son manquant d’une clarté capable de révéler toute la densité du disque, mais c’est certainement un des témoignages les plus probants du jazz rock français de cette période. Si vous aimez Return to Forever ou bien Weather Report et si vous appréciez la touche naïve de l’album, typique des productions hexagonales, ce disque a quelques chances de tourner régulièrement sur votre platine.