Air - Pocket Symphony

20/11/2007

Par Jérôme Walczak

Label: EMI

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Le duo français étaient impatiemment attendus après les succès retentissants de 10,000 Hz Legend (2001) et Talkie Walkie (2004), deux albums dont les ventes florissantes leur ont valu, entre autres choses, le rang de chevalier des Arts et Lettres et de se hisser au rang des artistes « underground (electro-pop) les plus mondialement célèbres », convoités notamment par Sofia Coppola ou Charlotte Gainsbourg. Pour Pocket Symphony, le groupe a vu immensément grand, à la hauteur de sa renommée de star internationale, afin de livrer un album à la production irréprochable.

Un voyage au Japon leur a permis d’y puiser quelques influences, d’en ramener des instruments traditionnels comme le Koto (une harpe japonaise). Le design de l’album a été confiée à l’artiste Xavier Veilhan, autrement connu pour ses travaux sur la 3D et ses réalisations multimédias. Pocket Symphony s’est donc voulu l’album de la réussite totale et de l’aboutissement ; Air ne pouvant sans doute plus désormais se permettre d’en faire moins.

L’harmonique de l’album est donc bien conforme à l’esprit du groupe : éthérée, douce et tranquille, tout en gardant une petite dose d’originalité. En d’autres termes, une sorte d’atmosphère qui fera dire à l’admirateur blasé mais curieux : « c’est du Air ». Des titres comme « Space Maker » gagnent ainsi en dramatique au fil du morceau, débutant avec une basse tranquille et évoluant au rythme de nappes de claviers parfaitement coordonnées. On retrouve également les voix féminines si caractéristiques du groupe, enrobées dans des rythmes et des mélopées désormais bien typiques (« Once Upon a Time » ; « Redhead Girl », entre autres) ou des moments plus dynamiques, presque années quatre-vingt, avec un effet de boîte à rythmes peut-être un peu trop prononcé (« Mer du Japon ») pour évoluer ensuite vers un titre plus introspectif, très bande originale de film extrême oriental (« Lost Message »).

Il n’y a également rien à redire sur les présences de Jarvis Cocker, ex chanteur de Pulp (« One hell of a Party »), et de Neil Hannon, talentueuse âme de The Divine Comedy, systématiquement invité pour donner une touche sérieuse et intellectuelle (« Somewhere Between Walking and Sleeping »). Notons tout de même que Jarvis Cocker ne semble pas particulièrement être en voix. Toutefois, ces invitations n’apportent rien d’extraordinaire ou d’original à la chose. Le sentiment avait été le même avec le dernier album de Charlotte Gainsbourg (5 :55) : était-ce un album de Air avec la voix de Charlotte ou un album de Charlotte produit par Air ?

Chacun des morceaux est donc une véritable réussite, mais l’ensemble du disque n’est pourtant pas bien structuré : il n’est pas assez rigoureusement construit. Les successions des mélodies manquent de cohérence. Toutes les ambiances réussies et parfaitement produites de chaque morceau pris individuellement, n’accouchent pas d’une synthèse, d’une atmosphère qui donnera un peu de substance et de relief à ce disque. Aucun élément n’aide l’auditeur à détacher Pocket Symphony de ses prédécesseurs. La production reste donc purement « aérienne », avec quelques voix nouvelles qui viennent agrémenter une structure fort bien rodée depuis une bonne décennie.

Cette chronique est dédié à P.