Secret Oyster - Secret Oyster

15/11/2007

Par Christophe Manhès

Label: The Laser's Edge

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D’un lyrisme impressionnant, typiquement nordique, Secret Oyster fait figure de classique dans son propre pays, le Danemark. Constitué des membres de Burnin’ Red Ivanhoe, Coronarias Dans et Hurdy Gurdy, ce « supergroupe » possède un style qui s’il évolua peu, fit néanmoins toujours varier les quantités de ses ingrédients donnant ainsi à sa musique une dominante tantôt jazz-rock, tantôt plus purement progressive. Mais il faut surtout rappeler que le groupe possède dans sa recette un condiment de premier choix : l’étonnant talent de son guitariste, Claus Bøhling, magicien méconnu capable de vous transformer n’importe quel solo en chant divin.

Parfois renommé « Furtive Pearl » lors de sa première édition en 1973, on peut qualifier ce premier album de début prometteur. Si tous les Secret Oyster sont faits de la même pâte, alliant parfaitement souffle, distinction et mélancolie, chacun a l’avantage d’offrir une facette différente du groupe. Sur celui-ci, c’est certainement l’aspect psychédélique qui domine (avec même d’étonnantes touches zeuhl sur « Vive laquelle ? » et « Public Oyster »). Mais la marque Secret Oyster est bien là, facilement reconnaissable dès le premier titre : le saxophone énergique et mélodique de Karsten Vogel, les claviers lumineux de Kenneth Knudsen et, bien sûr, la six cordes de Claus Bøhling, même si ce premier album ne lui fait pas encore la part belle. On y trouve également cette faculté caractéristique du groupe à passer de titres relativement courts, émetteurs de plaisirs simples et directs, à des titres beaucoup plus ambitieux aux constructions originales pour lesquelles sont souvent nécessaires plusieurs écoutes afin d’en saisir les surprenantes combinaisons. Ici, par exemple, ce sont « Fire & Water » et le magnifique « Vive Laquelle ? » qui tirent d’ailleurs l’album vers le haut grâce à leur sens des constructions complexes. Il faut entendre Knudsen et Bøhling débouler sur ce « Vive Laquelle ? », au milieu de l’excellent mais taquin solo de batterie de Bo Thrige Andersen, pour se faire une idée du potentiel du groupe à surprendre l’auditeur.

Mais, disons-le, tout n’est pas parfait. Quelques titres semblent avoir oublié de pousser les idées jusqu’au bout (le très zeuhlien « Public Oyster » a un goût d’inachevé). On a aussi, ça et là, un manque évident d’imagination, notamment sur le dispensable « Blazing Lace ». Enfin, l’expérimental et très psychédélique « Ova-X », aurait été parfait comme final si ce n’est qu’il fait suite à un titre trop faible, ce qui amollit excessivement la conclusion du disque. Il faut aussi regretter une remasterisation faite avec les pieds, donnant un son désagréable, parfois pâteux, parfois exagérément métallique. D’ailleurs, « Dampekspressen », le live de 1973 ajouté en bonus, possède un son bien plus convainquant. C’est dire.

Secret Oyster est un disque qui sait attirer la sympathie. Sa musique est personnelle, avenante et colorée. Mais il est dommage que la boîte ne soit pas à la hauteur des plaisirs qu’elle renferme et que le travail de remasterisation soit si bâclé. C’est un premier et bon album contenant des titres excellents, mais qui ne peut tenir la comparaison avec les albums suivants, beaucoup plus matures.