Secret Oyster - Straight to the Krankenhaus

15/11/2007

Par Christophe Manhès

Label: The Laser's Edge

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Reformé à l’occasion du NEARfest 2007 après 30 ans de séparation, il semble que Secret Oyster ait eu ce jour-là son petit succès. Peut-être se décidera-t-on enfin à donner une meilleure place dans les playlists à cet excellent groupe Danois, chantre inébranlable d’un progressif lyrique pétri de jazz. Ce ne serait que justice car finalement peu nombreux sont les groupes qui possèdent un son et un univers suffisamment forts pour n’être confondus avec aucun autre, ce qui est en soi, vous en conviendrez, une belle qualité. Mais pas la seule. On peut citer sans se tromper, leur guitariste, Claus Bøhling, tout bonnement exceptionnel. Mais aussi un sens étonnant de la couleur proche d’un groupe comme Happy the Man, capable d’évoquer des paysages sonores peu communs. Bref, avec Secret Oyster vous êtes transportés fissa vers cet univers typiquement nordique qui, de Bob Hansson à Anglagard en passant par Pekka Pohjola, n’a jamais cessé de fasciner le rock progressif.

Sorti chez CBS en 1976, ce quatrième et dernier album des Danois représente pour beaucoup l’ouvrage le plus équilibré et qualitativement le plus homogène du groupe. Et c’est vrai que c’est un beau morceau. En tous les cas il contient des titres vraiment remarquables, compris comme d’habitude entre fausse simplicité à effet instantané (« Straight to the Krankenhaus ») et structures ambitieuses. « Delveaux » par exemple, certainement la composition la plus marquante de l’album, dégage une puissance mélodique déchirante, portée par Claus Bøhling avec une délicatesse et un lyrisme qui laisse pantois. On pense inévitablement à la sublime et intense grâce d’un autre musicien nordique, le norvégien Terjy Rypdal. « Traffic & Elephants » n’est pas mal non plus, et met Karsten Vogel dans tous ses états. Quand à « Leda & the Dog », qui clôt l’album, c’est un curieux point final, d’une élégance triste qui vous touche en plein cœur. Une fois de plus Bøhling y est l’instigateur d’étonnantes mélopées sombres et poignantes qui semblent décrire une sorte d’entrée infernale vers l’éternel recommencement. Ainsi, de lumineux, presque triomphant (« Straight to the Krankenhaus »), le disque bascule insensiblement vers la pénombre, mettant un étrange terme à la carrière du groupe. Un magnifique chant du cygne.

Avec Straight to the Krankenhaus on frôle le chef-d’œuvre. C’est donc un magnifique album, brûlant et sensible, qui ne se laisse pas épuiser facilement. On peut légitimement se demander s’il n’est pas le meilleur de ses géniteurs. Mais si d’aucuns lui préfèrent Sea Son ou d’autres Astarte on ne leur en voudra pas, chacun de ces albums offrant une facette particulièrement brillante de ce grand groupe injustement méconnu.

Seulement il faut ajouter un mot de plus concernant cette édition : malheureusement la remasterisation, sans être aussi catastrophique que celle de Secret Oyster, ne rend absolument pas justice à l’album et fait de cette première édition en CD une déception. Quand aux bonus, ni « Dampekspressen » et encore moins « Orlavær » n’apportent quoi que ce soit à qui que ce soit et confirment cette triste règle : ce sont des excroissances qui défigurent l’unité et l’équilibre des albums originaux. Et dire que l’on appelle ça des bonus…