Little Atlas - Hollow

15/11/2007

Par Jérôme Walczak

Label: 10t Records

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Chaque carrière connaît son inflexion, son tremplin, sa petite évolution qui la fait passer de l’arrière-fond confidentiel et attachant au devant de la scène illuminé. Porcupine Tree aura eu In Absentia, Pendragon Window of Life, Spock’s Beard a été quant à lui pris au sérieux avec Day for Night… Gageons qu’Hollow deviendra le véritable révélateur de Little Atlas. C’est avec ce disque que les Américains de la bande à Steve Katsikas entrent définitivement, souhaitons-le pour eux comme pour nous, dans la cour des grands.

Attention, ce n’est pas encore tout à fait le véritable chef d’œuvre ; ce n’est pas encore le classique absolu qu’on est désormais en droit d’exiger. Il s’agit simplement du disque de la maîtrise. Hollow, c’est l’élargissement de la palette créative de ce groupe poussée à son (presque) paroxysme. Hollow, c’est le marchepied réussi et prometteur d’un groupe qui, mine de rien, se taille une solide réputation de respectabilité et de sérieux dans le monde du rock progressif. Little Atlas avait déjà su montrer avec Wanderlust sa capacité à réaliser de grandes et belles choses. Ici, l’essai est transformé avec talent, car les trouvailles et les accroches sont nombreuses. Tout commence par un rythme effréné avec « Hollow », titre assez lourd, vigoureux, répétitif et pour tout dire hypnotique, servi par un clavier grave et puissant et secondé par une guitare racée et dénuée de toute pudeur. Cet univers peut effrayer de prime abord et une inventivité pareille aurait largement pu être exploitée avec un peu plus d’audace. Malheureusement, ce titre n’est pas assez développé (cinq minutes seulement, cinq minutes de bonheur, mais… juste cinq minutes !) et les changements de structure sont sans doute un peu trop brutaux. Il n’empêche, « Hollow » est diablement réussi, techniquement très au point, et émotionnellement, il fait mouche.

Tout ce qui suit est de la même veine : introduction toute en finesse (guitare et saxophone) pour le long « Silence  », jeux de basses et de batteries délicieusement anxiogènes sur « Paranoiac » et ses longues et hypnotiques cascades de claviers. Ce morceau est également ponctué de petites guitares conférant à ce titre époustouflant une ambiance « Café du Colibri » de Ange, le tout étant enrobé dans un clavier tonitruant et emphatique à souhait. Ajoutons à cela une balade pleine d’humour faisant écho à Genesis (« Preying ») et sa lointaine parenté avec l’entêtant et « beatlesien » « Counting out time »… Les exemples pourraient être multipliés à l’envi. Ce disque semble tenir sur la durée et il est pétri de trouvailles, d’inventions, d’instants joyeux. Le point fort de Hollow, ce sont les mélodies, qui sont nombreuses, variées et qui donnent de la couleur à ce disque. Le seul reproche, le seul petit détail qui nous empêche de classer ce disque parmi les classiques, c’est que cette incroyable diversité aurait mérité d’être encore mieux organisée, mise en concept et enchaînée. Les titres sont malheureusement trop courts et certaines idées sont trop rapidement examinées, comme par exemple les relents metal de «  Symbiosis  » et son jeu de batterie somptueux qui aurait dû se tailler la plus belle part du morceau, et surtout son final auquel il manque du temps pour exister et se développer pleinement, tant les promesses qu’il recelait semblaient nombreuses. Quel dommage !

Hollow est évidemment une des grandes découvertes de cette année, il est l’album non de la consécration, mais de la prise au sérieux de Little Atlas. Il est évident qu’après une audace pareille, ils sont plus qu’attendus au tournant.