Arti & Mestieri - First Live in Japan

12/11/2007

Par Mathieu Carré

Label: Moonjune Records

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Petit jeu grammatico-promotionnel : dans les deux phrases suivantes, soulignez les trois adjectifs qui précisent qu’on ne peut décemment prendre aucune documentation envoyée avec un disque au sérieux. « Voici enfin disponibles les deux légendaires suites « Tilt » et « Giro di valzer per domani » du mythique groupe italien de jazz-rock progressif Arti & Mestieri, issu des années 1970. Profitant d’un phénoménal concert au pays du Soleil levant, les sept musiciens transalpins nous montrent ici qu’ils n’ont rien perdu de leur virtuosité… ». Voici en résumé ce que l’on nous promet avant d’ouvrir le disque, et à en croire les documents hagiographiques fournis par les attachés de presse avec ce First Live in Japan, on regretterait presque de n’avoir pu faire le voyage jusqu’à Tokyo pour profiter de la performance.

L’objectivité oblige plutôt à préciser qu’Arti & Mestieri reste un groupe totalement méconnu en France, issu d’une époque regorgeant de créativité, mais dont la musique risque d’avoir pris quelques légitimes rides avec les trente années qui se sont succédées depuis les enregistrements initiaux datant de 1973 et 1974. Le fait de les voir triompher au pays où le premier chanteur à chemise bariolée débarquant avec un accent parisien peut remplir des stades ne donnait pas non plus des garanties de qualité à toute épreuve.

Derrière Arti & Mestieri se cache une très homogène formation où l’on remarque immédiatement la présence du violoniste Lautaro Acosta « Tilt » : le concert commence par de très agréables effluves rappelant Mahavishnu Orchestra et Jean-Luc Ponty. La performance du batteur Furio Chirico est également difficilement négligeable. Souvent comparé à Billy Cobham, il envoie des roulements de tambour dans tous les sens, tel un pizzaiolo qui arrose sa purée de tomate de montanella. A défaut d’être raffiné, cela satisfera d’aise bien des appétits avides d’engagement et de technicité, deux qualités bien appréciables en concert.

La plus imposante des deux suites « Giro di valzer per domani » tire un peu plus du côté jazz mais expose les mêmes fondamentaux, en débutant par un charmant titre éponyme avant de laisser un peu plus de liberté aux instrumentistes irréprochables de virtuosité, avec entre autres plusieurs impressionnants soli du guitariste Marco Roagna. Mais au fil de cet imposant menu, le charme de la découverte fait vite place à un intérêt poli. Rien de révolutionnaire, peu de prise de risque autre que technique, une descente sans faute sur un parcours mille fois exploré de près ou de loin. Les mélodies sont accessibles, le groupe se répartit les tâches efficacement et de trop rares surprises (quelques sursauts d’un saxophone brûlant, entres autres) viennent troubler ce trop impeccable exercice de style.

Avec ce First Live in Japan, les Italiens assument sans coup férir tout ce qu’ils revendiquaient fièrement : du jazz-rock par la virtuosité instrumentale, du rock progressif par la construction alambiquée du tout et la présence de quelques bons bains de mellotron estampillés « 1974 et rouflaquettes » et enfin, leurs origines italiennes par des passages efficaces chantés avec sourire et clin d’œil charmeur, rappelant immédiatement Toto Cutugno ou Eros Ramazotti. On aurait également souhaité qu’ils nous offrent ce que l’on n’attendait pas, qu’ils nous fassent regretter les trente années passées loin des oreilles de beaucoup. Bref, autre chose qu’un simple disque de 1975 sorti en 2007, comme l’étrange et stimulant duo clavier/batterie sur « Arcensiel&bsp;», timide éclaircie dans un ensemble déjà entendu jusque dans ses indéniables qualités.