TAT - Le sperme de tous les métaux

08/11/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Urgence Disk Records

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Le souffle, la respiration, la vie, le sentiment d’avoir passé un grand moment d’écoute et de musique ! Voilà ce qu’on a en tête après avoir écouté ce richissime et plein de promesses petit bijou au nom étrange et intrigant : Le Sperme de tous les métaux. L’origine de ce titre est à puiser dans l’alchimie et les cornues des adorateurs du bel art. En effet, nous voyageons avec TAT dans l’hermétisme, les caves voûtées, les étrangetés, la magie et les officines obscures.

« Ayant donc reconnu la vraie Matière, ou Sperme et Semence de tous les Métaux, et ce que c’est que le Mercure cuit et congelé au Ventre de la Terre, par la chaleur du Soufre, qui cuit par sa propre vertu…  » (Nicolas Flamel).

Voilà l’explication du titre… Certes, ce n’est guère plus clair que les concepts trop fameux sur les voyages interstellaires post-apocalyptiques ou des séances de Rei-Ki sur Pluton qu’on nous assène depuis quelques années. LA grande différence tient cependant à la cohérence, à la construction, à l’idée d’art total que TAT met en place et qui imprègne le support, la musique, le son et les textes. Tout est harmonieux dans ce disque : une couverture sublime, tout en noir et en gris, reprenant des figures médiévales et mythologiques, un son très soigné, feutré, une relative mesure dans l’utilisation des voix off, qui ne sont jamais angoissantes et qui ne viennent jamais non plus nuire à l’essentiel : la musique et les compositions. L’artiste s’efface derrière son concept où chaque morceau est conçu en fonction de lois alchimiques et numérologiques.

Comme toute alchimie, il faut passer du côté sombre des choses pour renaître, émerger à nouveau et c’est tout à fait l’effet que procure Le Sperme des métaux. Noir, froid et lointain en apparence mais laissant un goût suave et coupable une fois écouté. Du grand art.

TAT est un artiste brillant, qui a su mêler la folie originelle du genre progressif au son d’aujourd’hui. A ses débuts, il jouait avec Thork des compositions proches de Crimson et Yes et il semble avoir gardé l’univers des premiers et la virtuosité des seconds. Puis, en se dirigeant vers des sonorités plus electro, plus indus, il exploita ses talents au service de concepts intrigants et riches en symboliques.

La voix de TAT est sombre, aux sonorités proches d’Elend, des voix féminines viennent parfois accompagner l’ensemble, quelques orgues, quelques voix basses, démoniaques, mais jamais anxiogènes, quelques pépites font sombrer l’auditeur dans un maelström de sensations et de découvertes : le remix de « Thalimonide », par exemple, et ses sons électroniques cycloniques qui partent à l’infini et mettent en transe, ou « Subtiliation », qui pourrait être un tube dans un autre contexte : en écoutant ce titre, votre serviteur a pensé à un intermédiaire subtile entre Mostly Autumn et Paatos. Ajoutons Baudelaire, Schubert, des délices et des orgues… Tout est réuni pour faire du Sperme de tous les métaux un bijou visuel et auditif. Le grand intérêt est que la violence est subtilement introduite… Les odeurs de soufre arrivent au compte-gouttes.

Il est regrettable, purement et simplement regrettable, que des disques et des artistes aussi brillants, aussi intéressants, aussi innovants, aussi progressifs au sens le plus beau du terme, ne soient pas un tantinet reconnus. Par pitié, allez acheter ce disque, il ravira aussi bien les amateurs de rock indus, mais aussi les gens épris de calme, de méditation, de rêverie. Il plaira aux esthètes comme aux plus obscurs de nos lecteurs. N’hésitez pas, car ce disque est assurément un des meilleurs de l’année (NdRéd : cela augure d’un joli bilan 2007).