Oxbow - The Narcotic Story

20/10/2007

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Hydra Head Records

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Tout a commencé par ce concert au mois de juin au Kilbi Festival (en Suisse), avec ce groupe qui jouait une sorte de Led Zep avec plus de larsen et le bodybuildé Eugene qui pratiquait un striptease obscène tout en gloussant, hurlant, gémissant. L’impression laissée par Oxbow fut pour le moins bizarre et provoqua dans un premier temps un rejet viscéral (le concert d’Isis ayant été des plus moyens, il n’y a eu que Kruger pour sauver la soirée). Et voici que l’on reçoit The Narcotic Story, le septième album du groupe, à la rédaction. On vous laisse donc imaginer l’état d’esprit dans lequel les premières écoutes se sont déroulées : une volonté de cassage en règle ! Et bien, que les aficionados du groupe se rassurent, ce n’est pas l’album qui a été cassé mais bel et bien votre serviteur !

Reprenons depuis le début. Oxbow est un groupe de noise rock californien fondé à la fin des eighties, dans la veine de groupes indépendants genre Shellac ou Neurosis, pour ensuite se tourner de plus en plus vers une sorte de blues rock noisy torturé et apocalyptique. Le sommet a été atteint avec An Evil Heat, le précédent album qui date déjà de 2002 ! D’un certain point de vue, The Narcotic Story continue la voie tracée par An Evil Heat mais de manière moins violente et plus alanguie, plus proche du blues. L’album se meut dans un tempo généralement lent. Ce calme latent n’est qu’un leurre car cette musique est poisseuse, glauque, malsaine.

Ce qui ressort immédiatement de l’album, c’est la voix profondément bosselée, difforme et tourmentée du chanteur Eugene Robinson. The Narcotic Story raconte les aventures névrotiques de l’alter ego d’Eugene, un certain Frank Johnson : des histoires de sexe, de drogue, de mort, agrémentées de hurlements, de feulements, de suintements déchirants, de chuchotements subversifs. C’est à peine si Eugene daigne aligner quelques réelles lignes de chant (au sens traditionnel du terme).
Ensuite, la qualité et l’originalité des arrangements de Niko Wenner, le guitariste, subjuguent littéralement. Les climats de tensions sont sublimés avec l’utilisation de violons, de piano, de l’accordéon, de percussions diverses. Ajoutez à cela une section rythmique (Dan Adams à la basse et Greg Davis à la batterie) tout en nuance mais qui prend l’auditeur à la gorge dès qu’il le faut ! Et enfin, vous vous permettez de vous offrir les services d’un Grammy-winner à la production, Joe Chiccarelli (Tori Amos, Counting Crows, Frank Zappa, etc., excusez du peu !) et vous obtenez un album essentiel qui ne possède aucun moment de faiblesse. On pourrait présenter l’incroyable « She’s a Find » (un slow de la mort comme on a en rarement fait) comme le moment fort de l’album mais ce serait faire injure aux autres morceaux, tant la qualité de ceux-ci est hallucinante !

Soyons clair, cet album sent la luxure, la sueur, les bars à putes, la drogue et la viande séchée. Il va en rebuter beaucoup, certes, mais on ne peut décemment pas en faire l’impasse. Oxbow renouvelle le blues de la plus malsaine façon et on en redemande ! Indispensable !