Cast - Com.Union

15/10/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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Il y a environ vingt ans, les Mexicains de Cast composèrent plusieurs dizaines de morceaux qu’ils distillent depuis avec régularité, année après année, album après album, en prenant du soin et du temps pour enregistrer et produire. L’amateur de néo abonné au (copieux) catalogue Musea se rappelle peut-être du concept Nimbus, album à la fois emphatique et très bien construit, avec un clown sur la pochette (petit plus) qui, sans avoir été d’une débordante originalité, offrait à l’auditeur un moment de musique emphatique, juste et esthétique. Cast est aussi l’instigateur du Baja Prog de Mexicali, qui, en 2008, aura lieu du 20 au 24 mars, avec, en tête d’affiche d’honorables pointures telles que Univers Zero, Naikaku, RPWL, Ain Soph, Tony Levin, Satellite, Lazuli ou Focus. En bref, tout ce qui se fait de différent dans le prog d’aujourd’hui sans négliger les grands anciens emblématiques.

Il semble que le grand écart entre tradition et modernité soit du goût de Cast car, dans le dernier album en date, Com.Union, leurs compositions sont le reflet exact de deux moments de la création. D’abord celui de l’écriture, issu du tréfonds des années 70, teinté d’ambiances Canterbury et « genesisiennes », (« Hogar Dulce Hogar »), légitimes compte tenu du contexte. Ensuite celui du temps de l’enregistrement, plus contemporain, reflétant pour sa part plus de force, plus de puissance, plus de sons (« Lobos », qui rappelle les Italiens d’Arpia).

L’œuvre proposée ici est seulement une relative réussite car le grand écart est parfois mal négocié. Déplorons donc, avec bienveillance, une certaine hétérogénéité dans les rythmes et les structures. « Orogus », l’introduction instrumentale, donne d’ailleurs le tempo, puisqu’il s’agit d’un mélange assez audacieux de Camel et de Satellite, où le mellotron, le saxophone et la flûte les plus classiques côtoient des sons de guitare plus rudes, avec un petit clin d’œil aux années 80 et quelques claviers débordants de dynamisme. A l’image de ce morceau, l’ensemble du disque ressemblera à un patchwork parfois assez bancal, où des pièces classiques sont parfois immédiatement juxtaposées à des fibres néo, voire à des ensembles « métal progressif ».

« Al Bello » est par exemple un titre emphatique, avec des chœurs puissants auxquels le chant en espagnol confère une majesté baroque du plus bel effet. Un tel morceau, qui eût été parfaitement à sa place dans un album néo de facture assez classique coexiste avec des ambiances celtes (« Elfonia »), des succédanés de Collage (« Donde Se Visten Las Serpientes ») et des errements Canterbury parfois très fastidieux (« Io »).

Il y a donc quelques faiblesses sur ce disque qui est noyé de « trop » : trop de références métal, trop de sons saturés, trop de changements de structures, trop de références néo, trop de références Canterbury, trop de clins d’œil, de Peter Gabriel à Clive Nolan… Tout cela finit par faire un peu trop : il eût été préférable de choisir une ambiance et de la cultiver un peu, au lieu de gambader de contrées en contrées. De Canterbury à Mexicali, il y en a des mondes, et les résumer en un peu plus d’une heure relève d’une gageure qui n’est pas à la hauteur du talent de Cast. En conclusion, Com.Union est un bon disque, sans doute trop ambitieux, sans doute aussi trop œcuménique. A trop vouloir en dire, on peut finir par noyer l’auditoire.