Ferdinand & Les Diplomates - E-Pop

09/10/2007

Par Christophe Manhès

Label: Out One Disc

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Bassiste dans les années quatre-vingt des impertinents Étron Fou Leloublan, Ferdinand Richard fonda par la suite Ferdinand et les Philosophes et, ultimo, passa des Philosophes aux Diplomates vers la fin des années quatre-vingt-dix. Pas moins de huit années auront donc été nécessaires à ce trio de basse, batterie et platines pour extraire cet album des limbes d’un périmètre musical improbables. Résultat, cet E-pop déroutant où l’ironie se mêle à ce style si caractéristique qui tente le tour de force de faire cohabiter la dimension pop annoncée avec des velléités clairement avant-gardistes.

Si l’on reconnaît immédiatement les ingrédients qui dans le passé ont fait le succès artistique d’Étron Fou Leloublan, à l’écoute de cet album on se demande tout de même comment ont été utilisées les longues années de sa gestation. Pourtant, tout ne partait pas si mal. « Mirage mirage » possède un vrai potentiel, passant d’un refrain alléchant à une jolie ballade « scratchée » et doucement chaloupée par de brèves mélopées tahitiennes. On se dit que l’on va faire un beau voyage, heureux de retrouver cette voix nonchalance, chaude et égale, qui a toujours été la signature de Ferdinand Richard.

Mais voilà, une sensation désagréable et persistante colle au disque, comme un goût d’inachevé. Très vite, on est convaincu que les idées sont à la peine, donnant l’impression frustrante d’un bricolage studio, certes soigné, mais jamais totalement finalisé. De plus, les titres manquent d’endurance et laissent trop souvent l’auditeur sur des attentes plutôt que sur des satisfactions. Dépouillé de toutes tensions, E-Pop se met à distance et échoue à intéresser l’auditeur avec des gesticulations sans échos pour nos oreilles. Pour rien arranger, en fin de parcours, l’album se trouve affublé de deux lives pathétiques, le second frisant même, quant au son, le grand n’importe quoi ! En bref, au bout de quarante-deux petites minutes, si la table a été mise, dans l’assiette, c’est carrément la misère.

Cet E-Pop mal dégrossi fait un peu injure à des disques aussi capiteux que Les poumons gonflés ou Les sillons de La terre d’Étron Fou Leloublan dont la formule – vingt-cinq ans plus tôt – avait ceci de merveilleux qu’insolence et créativité menaient un ménage heureux et nous offraient une des recettes les plus truculentes du paysage rock de son époque. Or, aujourd’hui, si l’insolence persiste, il semblerait que l’imagination, avec ce qu’elle possédait naguère comme humanité, ait pris ses cliques et ses claques. Pour une fois, osons le dire : c’était mieux avant.