P. Gaucher & C. Godin - 2G

04/10/2007

Par Julien Damotte

Label: Musiclip

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Un album de jazz rock instrumental français contenant pas moins de six reprises… certains pourraient craindre le pire. Mais cela serait mal connaître les deux protagonistes, qui manient l’humour et l’autodérision aussi bien que leur guitare. En 2002, Pierrejean Gaucher et Christophe Godin décident de s’associer pour une série de concerts dédiés à leur instrument de prédilection. Le premier est l’un des plus grands guitaristes de jazz français tandis que le deuxième évolue dans des sphères plus électriques avec le Mörglbl Trio, Metal Kartoon ou encore Gnô.

Premier constat : les dix-sept titres qui composent cet album reflètent totalement l’ambiance des concerts du duo. Humour, décontraction mais aussi émotion et originalité sont au rendez-vous. Pour capturer l’essence même de ces concerts, la plupart de ces morceaux ont été enregistré sur scène, entre 2002 et 2005. Cela explique sûrement les petites improvisations qui ponctuent le cd ça et là, comme « Engueulade », « Conversation » ou encore « Introduction » et « Final ». En fin de compte, nous avons presque affaire à un album live puisqu’il a été conçu comme une setlist de concert ! Mais rien n’a été laissé au hasard pour autant : chaque morceau, qu’il s’agisse d’une reprise ou une composition originale, a été arrangé avec minutie et talent.

Pour bien des musiciens, reprendre du Zappa est déjà un exercice périlleux, et parvenir à en proposer des versions à la fois personnelles et réussies relève carrément du miracle. Pari tenu pour les deux compères, qui rendent hommage au maître avec une version enjouée de « Lumpy Gravy » dans laquelle se glisse l’intro de « Smoke on the Water », mais aussi avec les curiosités que sont « Zoot Allures », « Sleep Dirt » et « Let the Water Turn Black ». Toujours au rayon des reprises, Christophe et Pierrejean proposent également des versions instrumentales tout en feeling de « Roxanne » (The Police) et de « Eleonor Rigby » des Beatles, qui sont à compter parmi les meilleurs moments de l’album. Les deux alchimistes sont également allés piocher dans leurs discographies respectives, pour cette fois réadapter leurs propres morceaux à la sauce 2G. Parmi les plus réussis, le fameux « Au Pays De Gandhi » (Metal Kartoon) – au sein duquel se mélangent intelligemment, comme le jeu de mot le suggère, le thème du générique de « Au Pays de Candy » et des sonorités hindoues – et le succulent « Coup de Blues » de Pierrejean Gaucher.

Avec autant d’atouts, nos 2G nationaux n’ont absolument rien à envier à leurs homologues américains du G3. Aucune rivalité, aucune mégalomanie, aucun artifice superflu, tout n’est que simplicité et bonne humeur. Cet album s’adresse évidemment aux amoureux de la guitare mais aussi et surtout, aux amoureux de la Musique avec un grand M.