Canon - Wide Awake

04/10/2007

Par Djul

Label: Corporate Records

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Ça commence comme du Radiohead, avec ses nappes de claviers et sa voix lascive. Ça continue comme du Pink Floyd, en criant sur l’autorité des professeurs. Ça se termine comme du Genesis première période, dans une ambiance aussi épique que surannée. Non, ça ne s’appelle pas un voyage dans le temps, mais Canon. Résidant à Los Angeles, ce jeune quatuor illustre, avec ce premier essai, la fin d’une époque : celle où chaque génération de musiciens puisait ou s’opposait à la précédente pour créer un nouveau genre. Et c’est ainsi qu’on a plaisir à entendre ce groupe papillonner au gré de ses influences, clairement situées de part et d’autre des trois dernières décennies.

Bien entendu, la recette ne marcherait pas sans l’essentiel : un sens de l’écriture et des mélodies entêtantes, et coup de chance, Canon semble en être doté ! Chacun des dix titres est parfaitement mémorisable après quelques écoutes, même si leurs arrangements en font de véritables mini-epics ne dépassant jamais les cinq minutes trente. Parlons cependant des morceaux les plus remarquables : « Alive » met en valeur la voix de Jason Turbin, entre la gravité d’un Jim Morrison et les montées aiguës de Thom Yorke, et son talent sur des arrangements de cordes réussis. « Don’t Trust the Teacher » est très (trop !) inspiré d’un « Paranoid Android », avant que Tieg Johnson ne se décide à jouer un riff sursaturé du meilleur effet. Le morceau-titre ne dépareillerait pas sur un album de Coldplay, avec ses accords de piano et ses envolées de basse groovy à souhait. A partir de la seconde moitié de l’album, et comme indiqué en début de chronique, les influences les plus « reculées » commencent à prédominer : un « Renaissance » jazzy, trompette à l’appui, un « Running As Fast As We Can » digne de Trespass. On va d’étonnement en étonnement. Pourtant, ni la qualité ni la cohérence ne baissent, grâce au choix de ce format court, et à la fraîcheur de l’interprétation.

Le meilleur des deux mondes? Nous n’en sommes bien entendu pas encore là, car il manque encore ce zeste de personnalité qui permettra au groupe de cesser son numéro permanent d’équilibriste. Mais comment taire un talent aussi palpable, même s’il n’est certes pas aussi extraverti et original que d’autres ? Et bien c’est simple : on rédige une chronique et on recommande le disque en question à ses lecteurs !