The Flower Kings - The Sum of No Evil

28/09/2007

Par Jean-Philippe Haas

Label: InsideOut Music

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Il est des artistes qui rendent l’exercice de la critique particulièrement ardu. The Flower Kings fait partie de ceux-là. Que reste-t-il à écrire sur un groupe qui a tout dit il y a dix ans déjà ? Faut-il tenir compte du parcours remarquable de ces Suédois et donner dans la paraphrase policée comme le groupe donne dans la redite ? Ou sévèrement critiquer sa trajectoire circulaire ? Ou encore espérer – une nouvelle fois – que la bande à Roine Stolt sortira des sentiers battus pour accoucher d’un album « différent » ? Dans le doute, donnons sa chance à The Sum of No Evil.

Pour réaliser ce nouvel album, les Suédois se sont de leur propre aveu débarrassés de leurs influences issues du jazz, de la pop, de l’ambient ou de l’expérimental (on se demandera toutefois sur quels albums on peut trouver ces deux derniers !) pour ne retenir que du pur prog made in seventies… déclaration quelque peu incohérente tant le rock progressif des années soixante-dix incorporait déjà les courants musicaux suscités. Mais ne pinaillons pas, car le groupe n’a pas fait les choses à moitié : location d’un studio spécialisé dans le son sixties – seventies, claviers analogiques à la pelle – Hammond, Wurlitzer, Mini-Moog et autres Rhodes – et amplificateurs à tubes. Equipés ainsi, The Flower Kings devaient immanquablement nous transporter au bas mot trente années en arrière. Si le voyage a bien lieu, le retour annoncé par Stolt à Stardust We Are ou aux albums de Transatlantic reste théorique, la magie n’opérant plus que par timides bouffées.

Et nous pointons là le grand drame des Flower Kings : avec toute la classe de l’univers – qu’ils possèdent sans aucun doute – les Suédois restent une fois de plus confinés dans ce qu’ils (ne) savent (que) faire : du classic prog qui doit autant à Yes qu’à Genesis. Raffinée, la musique servie sur The Sum of No Evil n’est comme prévue qu’une agréable redite de ce que le groupe propose depuis maintenant une bonne douzaine d’années : passages chantés très mélodiques, parties instrumentales de bravoure, nombreux changements de rythmes, d’atmosphères, thèmes récurrents imbriqués… toute la panoplie y passe.
Mais ne minimisons pas le talent de Stolt et de sa bande. Des titres comme « Love Is the Only Answer », qui renoue avec les grands moments du rock progressif des années soixante-dix, n’a pas à rougir face à ses concurrents nommés « Garden of Dreams » ou « Stardust We Are ». Tourbillon aux changements incessants, « Sum of No Reason » rappelle pour sa part les meilleures minutes de Retropolis tandis que « Life in Motion » a toutes les caractéristiques d’un vibrant hommage à Yes. Ainsi, les soixante-quinze minutes de The Sum of No Evil réussissent raisonnablement à capter une attention qui s’est souvent dissipée dans la pléthore de disques sortis par The Flower Kings ces dernières années.

Cependant, noter, évaluer un album de cette institution du rock progressif reste une tâche difficile, voire vaine. The Sum of No Evil ne déroge pas à cette règle. Les amoureux – et ils sont nombreux – d’un rock progressif classique aux douces effluves des années soixante-dix seront très vraisemblablement comblés par un album qui touchera directement leur point faible, la nostalgie d’un « Âge d’Or » révolu. Les autres, et parmi eux ceux qui espèrent toujours et encore un hypothétique renouveau de la part de nos rois de Suède, ne verront au pire dans The Sum of No Evil qu’une collection de redondances de plus (de trop ?), et au mieux un album comme un autre dans leur déjà monumentale discographie.