Oust Louba - Décoction

21/09/2007

Par Brendan Rogel

Label: Musea

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Formation en activité depuis le début du nouveau millénaire, Oust Louba, d’origine gardoise, est composé de musiciens provenant au départ de l’univers de la dub, du trip-hop et de la jungle. Autant dire que la récente transition permettant à Oust Louba de se trouver dans la ligne éditoriale de Progressia a nécessairement du être abrupte.
Mais, chez Oust Louba, l’éclectisme est de mise, et il est certain que les rythmiques efficaces et l’énergie des musiques électroniques accolées à une étiquette « prog » donnent un rock progressif qui ne peut que gagner en fraîcheur.

Contre toute attente, les premières secondes de l’album sont accaparées par un trio de violoncelles. « Les hulules » démarre l’album de manière très lyrique, et Romain Delorme vient à l’occasion poser sa voix avec une justesse et une sensibilité qui font d’autant plus regretter l’absence de chant par la suite. Mais les cordes commencent à s’emmêler, et une basse bien crasse s’impose pour mieux mener la danse : passant du coq à l’âne sans faire grincer des dents, le court mais oppressant « Qui respire ? » démontre à quel point le groupe sait faire évoluer sa musique avec une indéniable versatilité. Le ton est enfin donné. « 15h56 » et « Maurice 2000 » s’embourbent dans une transe à la limite de l’electro-dub gardant un certain groove typiquement jazz-rock.

Cette incessante évolution vient constamment bousculer les quelques certitudes que l’on aurait pu se faire sur cette musique : on découvre un univers parsemé d’influences electro-rock, de jazz, voire même d’une pointe de psychédélisme 60’s dans « Where’s », où une déferlante de saxophones et des voix sibyllines font immanquablement penser au « Rock Bottom » de Robert Wyatt. Sur « Daar », montée en puissance à la manière post-rock, le groupe en profite pour inviter un quatuor de cuivres des plus emportés, et prend enfin le temps de faire monter la sauce. Succédant comme une accalmie, « Fleurs » s’apparente à une ballade comme sait les faire Radiohead : un mauvais rêve, onirique et déroutant à la fois.

Les moyens mis en oeuvre permettent une polyvalence qui force le respect. La quantité et la variété des instruments maîtrisés par les cinq musiciens le prouvent : sax alto, piano, platines, basse, batterie, trompette, contrebasse… sans compter sur le quatuor de cuivres et le trio de cordes conviés à la fête. De plus, une suite comme « 15h56 » – « Maurice 2000 » – « La Femme Elastique » démontre une capacité à expérimenter tout en conservant un ensemble frais et harmonieux.

Une petite décoction s’impose afin de déterminer les principaux composants de cette musique : trop d’arrangements pour du rock, trop épuré pour du jazz, trop sophistiqué pour de l’electro, qu’est-ce alors qu’Oust Louba ? Une aventure inhabituelle, qui traverse tous les genres et époques, une intrigante histoire contée dans toutes les langues et modes d’expression possibles.