Bruce Eisenbeil Sextet - Inner Constellations vol. 1

18/09/2007

Par Mathieu Carré

Label: Nemu Records

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Bruce Eisenbeil, guitariste new-yorkais ne fait pas dans la demi-mesure. Soutenu par les courageux Allemands de Nemu Records, il avait déjà fait des siennes au sein de Carnival Skin où les soubresauts de sa guitare avaient agréablement surpris. La même détermination se retrouve dans cet album, sous son propre patronyme, Bruce Eisenbeil voit encore plus grand.

A ses côtés, en plus d’un quartet de solistes rompus aux expériences les plus acrobatiques (un trompettiste, un saxophoniste, un contrebassiste et un batteur), Jean Cook au violon s’insinue avec bravoure. En rejetant les mélodies et se jouant de sa technique en préférant les complaintes dérangeantes aux démonstrations de virtuosité, il apporte une touche contemporaine à l’ensemble. La musique en ressort plus inédite que jamais, explosive parfois, dérangeante voire malsaine par intermittence. Alors que les cuivres tentent en vain d’assurer quelques lignes à suivre, leurs partenaires prennent un malin plaisir à détruire ces ébauches ; ils les secouent, les dépouillent, les jettent par-dessus bord, les laissent remonter à la surface pour mieux les engloutir définitivement. Cette musique est une bataille, Eisenbeil tente d’organiser le combat et de rendre compte de cette violence. Mais la mise en forme même de l’affrontement relève de l’anarchie.

« Inner Constellations », morceau-phare de l’album est décomposé en vingt-sept plages pour un total de quarante-sept minutes. Quarante-sept minutes où l’on cherche son souffle, où l’on subit les apparitions et les disparitions des instrumentistes, où l’on s’enthousiasme avant de s’égarer de nouveau. Mais quarante-sept minutes où l’intensité malheureusement se dilue souvent, où la rage et l’ambition ne se suffisent plus, et où le cri et la douleur sous-jacente prennent trop souvent l’ascendant sur le message qu’ils devraient porter. A l’issue de ce parcours, il reste aussi la frustration de n’avoir pas pu (ou su ?) profiter de tout ce qui a été ébauché par ces instrumentistes, avec entre autres Nasheet Waits impérial à la batterie et Eisenbeil au jeu plus ramassé que jamais et sans artifices techniques qui évoque de plus en plus Derek Bailey.

Après Inner Constellations, trois autres petites compositions plus acoustiques concluent le disque. Bien que plus digestes que le plat de résistance, il reste difficile de les écouter après une telle avalanche de coups. Elles ouvrent néanmoins d’intéressantes perspectives à cette formation pétrie de talent mais qui ne doit pas perdre de vue que la cohérence, même dans la débauche d’énergie est souvent salvatrice.