Lite - Filmlets

10/09/2007

Par Christophe Manhès

Label: Transduction Records

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Difficile de vanter l’originalité des produits « Made in Japon ». Dans le domaine du rock, loin d’être une idée-cliché, le pays du soleil levant a toujours plus fonctionné comme indicateur des modes occidentales que comme édificateur. Pourtant, depuis quelques temps cette faiblesse semble s’estomper pour laisser un peu de place à plus d’originalité. Quelques groupes se permettent même de redonner une nouvelle jeunesse à des genres fatigués comme le métal progressif — l’excellent Naikaku ! — ou bien, et pour ce qui nous intéresse au premier chef, des genres en pleine émancipation comme le math-rock. Pour preuve, ce Filmets du groupe Lite, qui fait preuve d’une vision esthétique particulièrement personnelle et bougrement exaltante !

Premier album du groupe après un EP qui possédait déjà d’excellentes qualités, Filmlets confirme une nature si généreuse et rafraîchissante et un sens si inné du lyrisme — très post-rock — qu’il vous laisse ce goût des bons plats dont il est difficile de refuser de se resservir une fois terminé. La musique vous entraîne presto dans de délicieux méandres bâtis de breaks virtuoses mais dépourvus d’esbroufe et très éloignés de l’aridité punkoïde de groupes comme Don Caballero ou Shellac. On pense un peu à Tortoise ou Battles. Mais curieusement, Filmlets évoque bien plutôt les travaux d’artistes singuliers comme Steve Reich ou — surtout — d’Achim Reichel, cette légende du rock allemand qui dans les seventies façonnait avec sa guitare l’écho pour vous ensorceler avec une musique puisée à la source du psychédélisme : l’hypnose. C’est peu dire que les deux guitaristes de Lite, Nobuyuki Takeda et Kozo Kusumoto, possèdent un sacré talent pour imbriquer leurs mélodies et leurs rythmes onctueux. Des titres comme « Contemporary Disease video », dynamique sans jamais forcer le trait, ou « Dead Leaf », à l’élégance tranquille, sont certainement les plus emblématiques du style du groupe, mariage heureux entre l’énergie du rock et l’élégance mélodique.

Passons sur la pochette, infâme; passons sur les faiblesses toutes relatives du batteur dont on aimerait une frappe peut-être plus soignée; et allons à l’essentiel pour affirmer que cet album est une excellente découverte dont le romantisme sans pathos vous emportera à coup sûr à la frontière merveilleusement stimulante du math-rock et de l’hypnose. Aux vues des prestations scéniques du groupe, voilà certainement une formation à ne pas perdre de vue, et à placer sans hésitation au CAC 40 des meilleures valeurs de l’année 2007.