Magnum - Princess Alice & Broken Arrow

28/08/2007

Par Christophe Gigon

Label: Steamhammer

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Le lecteur assidu de Progressia doit d’ores et déjà arborer un sourire ironique figé au moment de commencer la lecture de cette chronique. Et pourquoi la moquerie serait-elle de rigueur ? Certes, Magnum, groupe existant depuis le crépuscule des années soixante-dix, n’a jamais représenté l’acmé du genre dont elle se réclame : un hard rock mélodique teinté de rock progressif. Magnum n’a jamais joui de la reconnaissance que d’autres formations boxant dans des catégories semblables ont, elles, obtenu (Asia, Toto et autres Styx). Après un début prometteur (les six premiers albums), Magnum, et ce n’est rien de l’écrire, a assez mal géré les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, se contentant d’offrir de piètres albums de hard FM surproduits et inconsistants (le terrible Sleepwalking en 1992 en est la preuve tangible !). Dommage pour les nombreux admirateurs qui suivirent les débuts de Magnum alors qu’ils proposaient encore un mélange savoureux de hard-rock teinté de néo-progressif agréable, sorte de croisement entre un Iron Maiden gentillet et Marillion (période Fish). La descente aux enfers du groupe se reflétait jusqu’aux illustrations de pochette qui étaient passées de superbes fresques multicolores comme aimaient à en proposer beaucoup de groupes à l’époque (Helloween, Iron Maiden, Marillion, Asia, etc…) à d’insipides couvertures américanisées et simplifiées, parfaits reflets de la musique qu’ils proposèrent alors aux fans résignés. Une carrière à la Saga, en somme…

Voilà pourquoi un nouvel album de Magnum ne plonge pas ipso facto un chroniqueur dans des océans d’enthousiasme même si on a connu d’incroyables revirements stylistiques salvateurs. Alors ? D’abord la pochette est, à nouveau, superbe et tendancieuse dans le sens où elle renvoie volontairement au passé glorieux du groupe (1978-1985). En effet, l’illustration de ce Princess Alice and the Broken Arrow aurait pu être utilisée pour les premiers albums mythiques de Magnum sans problème Comme si le dernier Marillion se permettait de faire apparaître à nouveau un bouffon ou un caméléon sur leur dernière production. Le ramage se rapporte-il au plumage ? En d’autres termes, la musique est-elle à la hauteur de son superbe écrin chatoyant ? D’emblée, on peut répondre par l’affirmative, pour autant que l’on soit amateur de ce style de hard rock très mélodieux et désuet (l’album semble sorti de la boîte à gants de la fameuse Dolorean du Doc de Retour vers le Futur tant la production, le son, les compositions tentent, avec succès du reste, d’atteindre une esthétique eighties qui, finalement, semble avoir à nouveau le vent en poupe en ce début de siècle). Malheureusement.

Ces préventions étant posées, il ne faudrait surtout pas en déduire que le disque est mauvais. Loin s’en faut, c’est même le meilleur de Magnum depuis le fameux On a Storyteller’s Night en 1985. Tout ce qui faisait alors le charme du quintette britannique pointe à nouveau le bout de son nez : superbes mélodies et refrains fort entraînants, soli de guitares bien amenés, voix parfaitement maîtrisée du vétéran Bob Catley, nappes de claviers et arpèges de piano apportant une touche bienvenue de progressif soft et une très bonne homogénéité de l’ensemble malgré le soin apporté à la composition de chaque titre. L’auditeur, qu’il n’aime ou pas ce genre de musique très typée, se doit de reconnaître qu’il est flagrant que le groupe a eu pour souci majeur d’offrir à ses admirateurs un recueil construit et réfléchi de titres finement ciselés et produits. Le tout n’est pas original pour un sou mais on peut au moins laisser au crédit de Magnum que, s’il se contente de recréer une musique née il y plus deux décennies, il a tout de même lui-même participé à inventer ce son reconnaissable entre mille. L’honneur est donc sauf.

Choisis donc ton camp camarade ! L’amateur de ce rock rétrograde et passéiste y trouvera largement son compte car le produit, nous le répéterons à l’envi, est fort correct. Le défricheur de nouveaux sons passera donc son chemin et continuera de rire sous cape quand il terminera la lecture de cette chronique.