Bat for Lashes - Fur and Gold

18/08/2007

Par Djul

Label: EMI

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Est-ce que la mère de Natasha Khan écoutait The Kick Inside de Kate Bush en 1979, alors qu’elle était enceinte de sa fille ? C’est la question sans réponse qu’on se pose à l’écoute du premier album de Bat for Lashes, derrière lequel se cache cette jeune anglaise de 28 ans. Car il existe une indéniable filiation musicale entre les deux artistes, parenté que l’on retrouve aussi en filigrane chez la génération composée d’Anja Garbarek, Joanna Newsom ou Björk (qui l’a prise sous son aile). Une génération de fortes têtes surdouées, indépendantes et rageuses, au sein de laquelle cette nouvelle arrivée s’inscrit sans conteste !

Encensée (déjà) par les trois quarts des médias de la planète, ce Fur and Gold mérite pourtant que l’on repasse une couche auprès de notre lectorat, avide de sensations fortes et sophistiquées. Entourée d’un trio féminin et de nombreux invités, Nathasha Khan nous invite à un voyage onirique et intemporel. Et pour ce faire, tout ce qui peut servir d’instrument est utilisé : beaucoup de clavecin (comme Newsom), de percussions (y compris des claquements de mains), de la scie musicale et tout ce que peut employer la musique électronique d’aujourd’hui.

Une approche ludique et expérimentale de la composition, peu académique mais qui ne paraît jamais bâclée ou approximative. Au contraire, chaque titre semble peaufiné à la perfection pour à la fois tenir dans le format pop et développer des ambiances souvent recueillies ou hantées. Ces climats sont illustrés par un morceau comme « Sad Eyes », ballade lo-fi que n’aurait pas renié Robert Wyatt dans ses moments les plus désespérés. On peut aussi citer le single, « What’s a Girl To Do », avec sa mélodie de clavecin entêtante et ses effets de films d’horreur. Entre ces averses musicales, quelques éclaircies éparses font leur apparition sous forme de lumineux coups de génie, comme « Trophy » et ses trois lignes vocales juxtaposées, laissant un peu de place à Josh Pearson (de Lift to Experience, qui chante et joue de sa guitare sur deux autres titres, dont le glauque « Seal Jubilee »), ou la lente montée extatique qu’est « I Saw a Light ». Khan sait aussi jouer des fausses pistes, avec « Bat’s Mouth » qui démarre sur un faux rythme piano/cordes avant de s’envoler de manière surprenante et énergique.

Comment résister à ces onze battements de cils ? Onze titres composés autour d’un étonnant mélange d’organique et de virtuel, au service d’une écriture déjà très aboutie et inspirée par l’enfance et les rêves de l’artiste. Un talent qui n’est déjà plus brut, et qui mérite au final que notre question de départ reste effectivement sans réponse.