After... - Endless Lunatic

10/08/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Oskar Productions

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After… est un jeune groupe de rock progressif, qui, sur la scène polonaise, commence à acquérir de plus en plus de légitimité : on les a retrouvés aux côtés de leurs compatriotes de Riverside, de Quidam et ils se sont même payés le luxe d’ouvrir pour Fish. After… a ses chances en France, à condition de réussir à séduire un public tatillon, tant celui-ci est friand de jazz rock autre post rock in opposition… Le défi est immense ! Relevons-le avec eux, parce qu’ils en valent tout de même la peine.

À la première écoute, les adjectifs habituels se superposeront sans doute les uns après les autres : déjà entendu, banal, peu inventif, facile d’accès, et puis on dirait du Pendragon aussi, etc. Ce dernier argument asséné, fermons le ban, la messe serait dite…
En fait, non, tous ces qualificatifs ne sont que de bien piètres arbres dissimulant une très jolie forêt, pour peu que quelques efforts soient faits pour aller l’explorer… So, let’s go girls !

Le titre introductif, « Closed Shame », mérite quelques mots. Son début est un peu trop perclus de riffs de guitare tout à fait dispensables tandis que le refrain, instrumental, a de petites accointances avec « The Dance of the Seven Veils » de Pendragon : mêmes enivrements, mêmes entêtements, c’est un titre qu’on met dans un coin de sa mémoire, et qui « accroche » l’auditeur. Sur scène, le public doit être bien échauffé avec une introduction pareille. Toujours dans les régions situées à l’orée de la bande à Nick Barrett (Pendragon), il y aura « Between Shadows », qui semble tout droit sorti de Believe, tout du moins dans sa production et ses soli de guitare, émouvants et hypnotiques. Ce titre aurait largement gagné à être un instrumental, car il est trop dépourvu de structure, les refrains – qui ressemblent à ce que peut faire Satellite – arrivent comme des cheveux sur la soupe et semblent désarticulés à l’ensemble. « Wonderful Mistake » ressemble un peu au précédent et, très honnêtement, il fait surtout remplissage : pas de refrain, pas de réelle virtuosité non plus, pas de développement… On s’en serait passé, sans doute.

Là où After… étonne, c’est avec quelques morceaux particulièrement bien travaillés et, excusez du peu, ayant une petite parenté avec la bande du grand Steve Wilson. « Away », « Spiders » et « I Wounded » sont les trois morceaux les plus réussis de l’album, avec l’instrumental « Kite » et, très honnêtement, ils méritent le détour. « Away » semble sorti de Lightbulb Sun avec son piano très étrange et méditatif, la voix feutrée du chanteur, les longues plages de guitare, la batterie discrète, les paroles et intonations de voix qui vont en s’évanouissant avant de reprendre tout en puissance. Ce titre est un des plus réussis et il est glorieusement secondé par « I Wounded » qui reprend ses différents thèmes de manière tout aussi convaincante, avec un accompagnement piano et des effets de voix excellents. « Kite » est un grande et belle fresque progressive, enlevée, variée, qui concentre avec brio la plupart des thèmes exploités dans l’album. La palme de l’album revient sans conteste à « Spiders », une reprise de System of a Down, qui nous transporte dans une mélodie grandiloquente, enivrante et majestueuse, à écouter sans modération avec un volume sonore digne de ce nom !

Endless Lunatic, c’est finalement la rencontre de trois familles du prog : la famille Pendragon, la famille « rock progressif polonais tout en puissance et en révolte romantique » (« Dreams Hang On Walls ») et la famille Porcupine Tree. Si ce bien jeune groupe avait réussi une vraie bonne synthèse entre ces trois directions, nous tiendrions une superbe réussite. Malheureusement pour nous, ces influences sont encore trop juxtaposées, cloisonnées. Ils ont déjà réussi à élever la barre un petit peu plus haut que la moyenne habituelle dans ce genre de productions, c’est plus que louable… Tout ce qui leur manque, c’est de l’audace et un peu de maturité.