Scale the Summit - Monument

05/08/2007

Par Djul

Label: Autoproduction

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Le metal progressif instrumental. Un tel genre musical, avec sa définition à tiroirs, peut sembler bien étroit. Et pourtant, alors que seuls les « pionniers » de Gordian Knot, Liquid Tension Experiment ou Djam Karet défrichaient ce territoire dans les années 1990, le nouveau millénaire a enfanté une belle descendance à ce mouvement. Il faut dire que ce dernier se mélange désormais avec un autre style, beaucoup plus hype, à savoir le math rock. Dès lors, les frontières séparant Canvas Solaris de Don Caballero, Dysrythmia de Behold… the Arctopus, sont parfois plus que tenues.

C’est dans ce contexte de renouveau que Progressia a le plaisir de parler de Scale The Summit, quatuor venu de Houston. Autoproduit à la force du poignet (et vu la technicité du résultat, ce n’est pas qu’une image), leur premier essai « complet » porte bien son nom : Monument. A savoir huit hommages au genre susvisé, qui composent un beau CV de stagiaire qui mériterait qu’un label lui offre un CDI. Reste au bon élève à devenir un peu moins laborieux et un peu plus imaginatif.

Bien entendu, Scale the Summit se devait de commencer fort, vu la concurrence qui règne en ce moment, et son « Shaping the Clouds » touche au but, avec son entrée en matière toute en syncope et un son bien affûté qui fait penser au Focus de Cynic (ah, cette double grosse caisse au son sec !). Certes, le propos est dense, du fait de la présence de deux guitaristes (Chris Letchford, créateur du projet, et Travis Levrier), ainsi que d’un bassiste (Jordan Eberhardt) qui, comme c’est souvent le cas dans le genre, a tendance à refaire la rythmique avec ses quatre cordes. Sur ce point, le travail sur les riffs de « Crossing the Ocean », où les trois musiciens font tourner leurs plans selon d’infinies variantes, est très impressionnant. Mais l’ensemble reste cependant peu démonstratif, ce qui montre bien l’attention prêtée par les musiciens aux mélodies. Seul problème, commun à bien des disques du genre : il (s’) épuise. Passé l’impeccable entrée en matière, l’album s’étiole à partir d’un « Omni » moins inspiré. Et malgré quelques respirations, comme cet exercice math rock mélodique au milieu de « Rhode in on Horseback » ou un excellent « refrain » sur « Penguins in Flight » porté par une basse en taping, la lassitude gagne.

Sans répit pour l’auditeur, et finalement beaucoup plus metal que rock (pour reprendre les deux « sous-genres » évoqués plus haut), Scale the Summit asphyxie à force de se brûler les doigts sur ses instruments. Cependant, on peut aussi constater que cette approche sans concession est appréciée par la franche la plus extrême des amateurs du genre (en clair : les musiciens), et que nombreux sont les groupes tombés dans les mêmes excès qui sont signés sur des labels (une bonne partie d’entre eux chez Laser’s Edge, pour ne pas les citer !). Alors pourquoi pas eux ? Pour avoir notre soutien inconditionnel, et celui d’un public plus nombreux, nous leur proposerions toutefois de diversifier leur musique ou de choisir un chanteur, comme a pu le faire At War With Self par exemple. L’avenir nous dira quels seront les choix faits par cette prometteuse mais monolithique formation.