Osiris - Visions From The Past

31/07/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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Cette chronique devra être suffisamment subtile et éloquente pour vous faire dépenser l’équivalent de, au choix, trois paquets de cigarettes, trois kilos de cerises ou deux places de cinéma, tout cela devant peu ou prou correspondre au prix d’un honnête CD. Après cette chronique, vous regarderez différemment votre cartouche de blondes, en ayant enfin compris que vous aviez jusqu’ici dépensé votre argent n’importe comment, parce que vingt de vos précieux euros pourraient bien vous apporter une joie que, pour l’instant, lecteur naïf mais exigeant, vous ne soupçonnez même pas.

Musea a un immense mérite : il produit beaucoup, fait confiance, et quelques vedettes lui permettent ainsi de financer et de dénicher des pépites d’or. En voici une, elle nous vient de Bahreïn : Osiris.

C’est bien simple, tout y est, la générosité et la sympathie en plus. Amateurs de prog des années 70, fans de groupes italiens, de Mona Lisa (« It is time »), nostalgiques de Renaissance, de Caravan, précipitez-vous…

Nostalgiques ? Nostalgiques ? Serait-ce donc reparti avec un groupe qui ressasse les vieilles histoires, qui ne propose rien de neuf ?…

C’est sans doute vrai, ce ne sera pas un album culte, il n’y a pas d’innovations, d’inflexions, qui donnent tout son sens au terme progressif, mais on a affaire ici à un disque complet, total : chaque note, chaque parole, chaque transition est travaillée, ciselée, et tout cela fait d’Osiris un des grands groupes néo de nos années 2000. Effectivement, on voyage dans un monde bien familier, entre Ayreon, Marillion période « Garden Party » (le solo de claviers de « It is Time », encore une fois), Pendragon, mais aussi Le Orme, Renaissance et quelques pincées de musique orientale et médiévale. Voilà pour l’atmosphère générale, et on a le droit d’avoir envie d’écouter aussi ce genre de choses, même si on aime le rock progressif…

Quelques arguments sans doute ne devraient pas nuire, à ce stade où le lecteur en est sans doute à renoncer à la cigarette, au dernier Harry Potter ou aux cerises hors de prix. Visions From The Past est un concept simple, tout sauf pompeux : c’est le retour, dans le Bahreïn de son enfance, d’un vieillard qui se rend compte, à la longue, qu’il a de moins en moins sa place dans ce pays qui l’a vu grandir. Osiris sait mêler à cette histoire la nostalgie, avec les chants traditionnels arabes traduits en anglais (enveloppés dans une nappe de synthé onirique à souhait, merci Tangerine Dream !), la rêverie, et ses multiples envolées musicales, à la guitare, aux percussions ou aux claviers, qui nous obligent à fermer les yeux et à partir avec le héros, si aspiré que nous sommes par ses méditations.
Chaque titre s’enchaîne tranquillement, il y a des étapes, des moments de flottement où des plages de synthé douces et discrètes viennent rehausser sans emphase une voix plaintive, un constat d’amertume sur le temps qui passe et cette vie moderne qui laisse de moins en moins de place aux choses authentiques. C’est un beau voyage, mêlé d’étrangetés (l’instrumental « As we begin », par exemple, qui nous rappelle le curieux début de Mouse d’Aragon), de joie (« The Memory will still remain », qui serait un titre de Caravan pris en main par Clive Nolan). Tout ce que l’amateur de prog aime dans le prog est là : le rêve, l’emphatique mais jamais vulgaire, la douceur ; nos tripes font autant de bonds que nos oreilles en écoutant ce disque. Une des meilleures productions de néo-prog de ce semestre.