Minus the Bear - Planet of Ice

28/07/2007

Par Djul

Label: Suicide Squeeze Records

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A chaque année sa surprise sortie de nulle part. Depuis quelques temps maintenant, « l’album révélation », appelons-le ainsi, a cependant tendance à se trouver dans les rayons de rock indépendant, à la manière d’un Immune ou d’un Pure Reason Revolution (avant sa signature sur Inside Out, bien sûr !). En 2007, on aimerait faire un pari sur Minus The Bear et son Planet of Ice.

Il ne faut en effet pas plus d’une écoute pour que cet album – le troisième du quatuor de Seattle – interpelle. Résolument pop dans l’approche (composition et voix), il est pourtant lourdement paré d’enluminures électroniques bizarroïdes et d’une technique rigoureuse, même si elle n’est pas démonstrative. Une définition qui donne envie de lâcher une bombe d’entrée de chronique : et si Minus The Bear était le Talking Heads des années 00 ? Ces voix en décrochage, ces arpèges de guitares sans fin et un esprit de découverte très ludique, voilà autant d’éléments à charge pour démontrer cette parenté ! Plus près de nous, le groupe risque fort de convaincre les amateurs de Biffy Clyro, par ce croisement de pop et de progressif aux accents très électroniques.

La première moitié du disque est un étalage stupéfiant du talent de Minus The Bear. « Burying Luck » démarre sur un rythme effréné, soutenu par des mellotrons omniprésents et des gazouillis de guitare extra-terrestres. « Ice Monster » et « White Mystery » ressemblent à un croisement improbable entre Marron Five, pour l’art du refrain efficace et classieux, et The Flaming Lips pour la ligne de claviers cotonneuse complètement à côté du rythme du titre. Quant au titre « Dr L’Ling », il emprunte aux Mars Volta son goût pour les cavalcades de guitares échevelées. Et si le rythme baisse un peu en seconde partie, les deux derniers morceaux suffisent à raviver la flamme, entre le bien-nommé « Double Vision Quest », aux changements de rythme schizophrènes, et « Lotus », ou comment se réapproprier à dessein The Dark Side of the Moon. Planet of Ice est un régal car il fait partie de ces disques incroyablement riches qui sont aussi bien conçus qu’ils sont concis. Une qualité rare, qu’il partage avec la discographie du King Crimson des années 80.

Alors pourquoi ne pas avoir entendu parler de ce groupe plus tôt, alors qu’il a déjà sorti plusieurs albums? Pourquoi ne s’est-il pas manifesté pour une chronique dans un webzine progressif auparavant ? Peut-être parce qu’aujourd’hui, l’adjectif n’est plus tabou, et qu’il est évident que Minus The Bear, à l’instar de toute une nouvelle génération de musiciens, est totalement décomplexé vis-à-vis de cette étiquette. Et ce constat est pour le moins porteur d’avenir pour le genre.