Minoke ? - Sangaky

18/07/2007

Par Mathieu Carré

Label: Musea

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Minoke? joue avec les traditions. D’ abord avec les traditions de leur pays d’origine, le Japon, en éparpillant en deux minutes d’introduction les vocalises et percussions shintoïstes, puis avec les traditions d’une autre vénérable institution à laquelle personne n’avait touché (surtout avec audace) depuis longtemps : le jazz-rock, et ce sans guitariste et à grands renforts d’interventions synthétiques aux claviers et percussions… A priori, l’expédition nipponne prend donc des allures de parcours du combattant.

Et de fait : au début de chaque piste, le challenge semble impossible à relever, les thèmes convenus et les ambiances trop lumineuses ne laissent que peu d’aspérités pour accrocher l’oreille. Cependant Minoke? prend un malin plaisir à déjouer ces premières impressions. En quelques minutes, les lourdes références à la musique celtique du bien nommé « Til-na-n0g » – promptement emprunté à Alan Stivell – sont revisitées avec insouciance et finissent par convaincre après avoir apeuré. Et le petit miracle de se reproduire ainsi au fil du disque grâce à l’enthousiasme d’une formation portée par une section rythmique infaillible et entraînante (« Construction ») et surtout par la prestation ébouriffante du saxophoniste Kosei Kayama. Qu’il décide de jouer sensuellement un peu en retrait ou préfère subitement prendre le contrôle des opérations en maltraitant les sonorités de son instrument, il se situe toujours au bon endroit. Intrépide et lyrique, roi de la métamorphose éclair, il y a un peu de Louis Sclavis chez ce jeune homme. En marge de ses fulgurances, des interventions de claviers juste sirupeuses ou plus aériennes (« Miso ga ooino sukunaino ») finissent de donner à l’ensemble sa surprenante cohérence.

En décidant de miser sur le mélange des influences, et surtout en n’hésitant pas à remuer le tout énergiquement, Minoke ? parvient donc à ses fins malgré quelques compositions trop effacées en fin de parcours (« Misidia », « Olmeca »). Mais alors qu’une petite déception pointe, un étrange générique sucré de série télévisée vient conclure l’expérience et presque naturellement on oublie en souriant les lourdeurs de cet album pour n’en retenir que le meilleur.