One Shot - Ewaz Vader

15/07/2007

Par Mathieu Carré

Label: Le Triton

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Certains disques se devinent avant même la première note. Pour ce qui est d’Ewaz Vader, la sobre agressivité de la pochette, au lettrage rouge sur fond noir, à l’instar de celle du Trio Beyond (DeJohnette, Golding, Scofield) pour leur hommage à Tony Williams, et la répartition ramassée des morceaux (quatre plages de plus de dix minutes) donnent déjà le ton. Et pour couronner le tout, il y a ce nom, « One Shot » intrigant, excitant, sans appel. Ca passe ou ça casse : on enclenche la première et on écrase, aux autres de suivre, s’ils le peuvent. Pour leur déjà troisième album, indéniablement le plus abouti, les trois membres de Magma (Philippe Bussonnet à la basse, James McGaw à la guitares et Emmanuel Borghi aux claviers), accompagnés du batteur Daniel Jeand’heur, gardent le cap et leur musique « musculeuse » s’impose.

« Ewaz Vader », avec ses lignes de guitares / claviers tendues comme des cordes d’arbalètes, se décline avec brio en une spirale infernale. Le terme de rock-jazz que les membres du groupe eux-mêmes revendiquent trouve ici son meilleur exemple. En ne rechignant ni face à l’improvisation ni face à la rigueur d’un morceau très construit, One Shot gagne sur les deux terrains.
Biens qu’ils s’en défendent, il est difficile ne pas sentir ici, au moins dans l’intention, l’influence de la formation de Christian Vander, car il persiste un coté inéluctable et quasi-guerrier dans cette approche musicale réjouissante. Mais ici, il n’est plus question d’exil vers des planètes lointaines, ou d’immersion dans une mythologie musicale. Tout n’est que sueur et acier, ancré dans l’énergie et la matière. Cette sueur, que l’on retrouve encore sur l’ultime « Missing Imperator », où l’on surprend, aux cotés d’un travail rythmique hypnotique, des effluves plus grasses rappelant la hargne de groupes de hard rock. Invité à cette orgie païenne, on découvre sur le tard le luxe et la qualité de l’endroit. Bussonnet et Jeand’heur sortent de leur rôle de soutien de qualité pour rendre le tout cohérent et explosif.

Les deux morceaux centraux « I had a dream » et « Fat » lorgnent vers un jazz rock « mahavishnien ». Les claviers d’ Emmanuel Borghi y sont prépondérants et donnent une petite touche seventies plus marquée que sur les autres titres : les anciens Cobham, Hammer, Abercrombie et autres semblent ici ressuscités. Par bonheur, le tout n’est pas hypertrophié, comme souvent, avec ces musiques versant facilement dans l’excès de démonstration. Ajoutez à tout cela un réel soin au niveau de l’enregistrement qui ne délaisse aucun des instrumentistes, et le plaisir de la découverte achèvera d’être complet.

Le coté rugueux du rock avec une formation classique délaissant les effets superflus, et qui donne toute sa fougue en concert d’un coté, l’ambition de la composition et le goût de l’improvisation de l’autre font d’Ewaz Vader un disque singulier et enthousiasmant : une véritable réussite. One Shot vient de tirer une nouvelle salve, êtes-vous sur sa trajectoire ?