Silver Moon - Accept

15/07/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Poseidon

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Ah, si la vie ressemblait à du rock progressif japonais !

Nous nous promènerions tout de blanc vêtus dans la rue en tenant des jonquilles, on se ferait des câlins et des bisous, il ferait beau tous les jours, ni trop chaud, ni trop froid, et les gaz d’échappement sentiraient le thé au jasmin. Le prog japonais n’est pas là pour faire réfléchir, il n’a guère de révoltes, il se soucie peu des étiquettes et ne cherche pas à faire dans le nouveau, dans l’original, dans le « ça va tout bouleverser ». Le prog japonais, il faut qu’il soit gentil, intropectif, cristallin et sans échardes. Entre deux cascades transparentes, un stage de Rei-Ki et une tisane à la passiflore, voici donc Silver Moon.

Que dire ? Tout cela a déjà été entendu. C’est la pierre angulaire du disque, il n’y a rien, strictement rien de nouveau sous le soleil (levant). Cet album ressemble à un générique du « Voyage de Shihiro », tout n’est que calme et sérénité et Accept ferait une excellente musique d’ambiance dans une boutique macrobiote spécialisée dans l’encens au tilleul et les fausses fontaines électrique avec de l’eau qui fait flik flok sur des galets importés de Malaisie. « Unacceptable part. 3 », avec sa longue mélopée féminine et cristalline ne dégage rien de désagréable, c’est même plutôt joli aux oreilles, avec force clavier et mélodies câlines et généreuses, un peu de douceur ne nuit pas, le seul problème, et il est de taille, c’est que des morceaux comparables existent depuis vingt ans. On retrouvera donc ces petits errements mélodiques à plusieurs reprises dans le disque : « Spring », « Between Reality and Fantasy » sont des instrumentaux jazz rock qui ne dégagent plus aucune émotion, tant ils semblent être la copie carbone du premier morceau.

De temps en temps, une voix masculine fait son apparition (« The Contact », « Silver Moon ») mais cette voix est insipide, dénuée d’émotions et d’expressivité, et ce n’est pas parce qu’on met des claviers derrière sans fouiller les mélodies qu’on fera du prog introspectif… On n’a guère envie de retenir quoi que ce soit de ces incursions dans des sphères largement explorées maintenant : Gérard, Galadriel, Cairo, nous ont déjà gratifié de ces mélodies passe-partout qui n’apportent rien de constructif.

Tout l’album est du même acabit : rien n’est fondamentalement mauvais, il existe même quelques petites trouvailles loin d’être désagréables, comme un petit jeu de clavier à la fin de « Between Reality and Fantasy », ou des sonorités ambient au début de « Swallowed », mais on ne décolle pas. « Swallowed » est le bon morceau de cet album, un instrumental dirigé par un violon avec une mélodie très hypnotique, mais ce violon est malheureusement relayé par des jeux de son, des dissonances, qui n’apportent strictement rien, et que des groupes comme Ozric tentacles, par exemple, maîtrisent avec bien plus de brio.

Ce n’est pas du prog, c’est de la musique new age, et les rares audaces de Silver Moon ne sont pas assez poussées, pas assez investies, trop rapidement, nous retombons dans les clichés qui ont tant nui à la musique progressive : trop calme, trop indifférencié, trop plaintif.

Finalement, un monde qui ressemblerait à un disque de prog japonais, on risquerait de s’y ennuyer ferme.