Solar Project - Chromagnitude

11/07/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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Ce qui est parfois amusant avec certains disque de rock progressif, c’est qu’on ne peut jamais se contenter d’une simple écoute si on veut comprendre un tantinet tous les concepts compliqués et abscons que les artistes ont voulu faire partager, entre deux envolées planantes de claviers et de la guitare plaintive… Un rapide séjour sur le site web des artistes allemands, qui en sont déjà à leur septième composition, vient éclaircir un peu sur l’intense et profonde philosophie de Chromagnitude.

En résumé, nous aurions donc affaire à un concept album tout ce qu’il y a de plus conceptuel, avec des morceaux enchaînés, des transitions bien trouvées (la fin de « Gray… », notamment, avec ses voix dégingandées), des titres longs (oscillant de 5 à 15 minutes environ) pour nous inviter à faire un voyage en notre moi intérieur par le biais des pouvoirs psychologiques des couleurs, à l’instar des titres qui composent l’album. C’est un voyage très intérieur et on le prouve : comme tout album de ce genre qui se respecte, à un moment donné, il y a des battements de cœur très introspectifs…

Evidemment, en commençant par une plaisanterie de si mauvais goût, le lecteur peu soucieux d’explorer son soi va encore se dire que cette chronique va descendre ledit disque. Que nenni ! C’est excellent, et à la limite, ils l’auraient chanté en Patagon sans site ouèbe à la rescousse, on aurait trouvé ça bien quand même. Il est d’ailleurs à peu près certain que ce qui va charmer le futur propriétaire de Chromagnitude, ce sera essentiellement la musique, parce que franchement, les paroles ne semblent guère être un argument de vente suffisamment convainquant. À titre d’exemple, voilà tout de même en exclusivité de quoi vous affrioler : « in a frenzy enthusiasm, reaching the final orgasm, impossible to get higher, ending up lying in the mire… » (« Red ») Passons donc… Le producteur et chanteur, Robert Valet, doit avoir quelques déboires sentimentaux à régler…

Non, ce qui est bien, avec Chromagnitude, c’est l’ambiance : on pensera bien évidemment à Pink Floyd, époque Meddle (« Green » et le Gilmourien « Blue », notamment) et aussi, bien évidemment, au grand vizir du « Out of Space Prog », à savoir Monsieur Arjen Anthony Lucassen (Ayreon, Star One, Ambeon). La partie introductive de « Green », avec son début au clavier relayé par une guitare virile et nordique font ainsi immédiatement penser à Into The Electric Castle. Les comparaisons ne s’arrêtent toutefois pas là et résumer Chromagnitude à un clone d’Ayreon serait allé un peu vite en besogne.

D’abord, il y a une voix féminine, Sandra Baetzel, qui prendra le saxophone de temps en temps (avec bonheur : « Blue ») et qui saura ouvrir ce voyage exploratoire vers des horizons qu’on n’attendrait pas forcément. Sa voix est mélodieuse, puissante, par exemple sur « Yellow », à l’introduction très Tangerine Dream, avec les grillons nocturnes qu’on retrouve aussi sur « Blue ». Patience, nous allons revenir sur ces charmantes bestioles…Ce morceau est approfondi par un solo de guitare qui franchement aurait toute sa place dans Animals, par exemple, à ceci près que le tout s’emballe, dans une rythmique presque orientale, et on regrette que ce petit parti pris soit trop court. C’est que l’exploration du moi intérieur, c’est une chose sérieuse, on n’a guère le temps de batifoler… Heureusement, le final de ce morceau conclut admirablement ce joli périple avec tout ce qu’on aime dans ce genre : la guitare qui va vite, le clavier qui déborde, les petits instruments rigolos qui font « coin-coin », et là, on se dit que ça vaut vraiment la peine. Sans oublier les bruits de blizzard antarctique à la fin, un must !
Mais nous allions justement oublier les grillons ! Ces charmants orthoptères sont à Tangerine Dream ce que les battements de cœur sont à Lucassen, les grelots à Ange et les répondeurs téléphoniques à Fish : une marque de fabrique absolue du rock progressif ! Dans un louable souci œcuménique, Solar Project a tout fourré dans un seul disque : des grillons, donc, des bruits de vaisseaux spatiaux, du vent, et en cherchant bien, il doit bien y avoir un bruit d’ordinateur genre Carl dans 2001 Odyssée de l’Espace, sans oublier les incontournables voix off apocalyptiques à la fin du disque.
L’essentiel évidemment n’est pas là et reste la musique, car ce groupe n’hésite pas à nous emporter là où on ne l’attend pas forcément : heavy et jazz rock (« White »), balades bien sympathiques rehaussées de guitares plaintives (« Black », qui ressemblerait assez à ce qu’a pu faire Eloy en son temps), et aussi de vraies audaces, comme le final déjanté de « Black », soutenu par une basse hystérique, qui aurait sa place chez Gong ou Ozric Tentacles, les chœurs seventies y étant pour beaucoup.

Conclusion : Chromagnitude se laisse très agréablement écouter malgré quelques académismes qui attendrissent avant tout. Cela dit… Avouez franchement que les grillons et les vrombissements de soucoupe volante, c’est quand même plus excitant qu’un orgasme final, non ?