Ringing Ring - Ancient Stones

29/06/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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La scène se déroule dans un bar enfumé où se retrouvent deux progueux invétérés dont un chroniqueur en mal d’inspiration. Ils causent musique après un concert de « The Equalizer Project part I, running to the infinity of your lethal dreams…  »

– Dis donc, tu aimes le prog nippon toi ?

– Tu veux dire les trucs japonais ? Une vraie plaie, à la rédac., personne ne veut les chroniquer ; comme je suis nouveau, ça tombe toujours sur moi, je suis bien obligé de les écouter. C’est mon bizutage : c’est l’équivalent du cirage à l’armée, si tu veux, même si j’ai gardé toute mon intégrité physique pour le moment.
J’en ai soupé des Japonais, ça fait vingt ans qu’ils nous livrent les mêmes choses ; à part Gérard, je trouve ça on ne peut plus pénible. Les envolées de claviers, les pochettes maquettées en trois minutes avec un effet sunlight sur une photo de Saturne. Et puis, il faut bien dire que dans la plupart des cas, les chanteurs ont un paillasson à la place des cordes vocales

– Mais là, il s’agit d’un groupe japonais qui n’a rien en commun avec ce que tu viens de décrire.. Un nom imprononçable, de prime abord : RingingRing. La pochette est bleue, moche, certes, mais c’est bien.

– C’est bien ? Arrête, tu me fais rigoler. On le connaît trop bien, le prog japonais, et avec ce que tu viens de m’en décrire, je vois d’ici le topo : trois parties, un univers cosmogonique imprononçable, des gobelins et des elfes en pagaille. J’en fais une indigestion, des plaines cosmiques et des licornes transsexuelles !

– Non, tu n’y es pas du tout. Rien à voir avec l’image qui vient à l’esprit lorsqu’on prononce le mot « prog. ». Pour compléter, disons que côté émotion, c’est aussi puissant que Lorenna Mc Kennitt. Si je voulais faire un résumé aguichant, je dirais que RingingRing, c’est du « Mostly Autumn unplugged ». Tu enlèves tous les fils, les guitares, les batteries, enfin tout ce qui fait « rock » dans « rock progressif », et tu remplaces le tout par des guitares acoustiques, des violons, de la viole de gambe, du luth…

– Attends, je t’arrête tout de suite. Je ne peux pas chroniquer un truc pareil. C’est du classique que tu me proposes ! Les compos sont au moins un peu originales ?

– Je ne les ai guère vus que collaborer avec d’autres artistes… Marin Marais, Josquin Des Prez, Pierre Phalese, John Dowland… il y a même des anonymes et des chants traditionnels anglais et irlandais…

– Aucun intérêt, c’est aussi prog que Mireille Mathieu chantant avec les Chœurs de l’Armée Rouge, ton truc. A ce rythme, si je chronique ça, je ne vais bientôt plus me farcir que le prog tchétchène, moi. Ton Ancient Stone, là, c’est baroque, c’est ethnique, c’est classique, c’est celtique, c’est ce que tu veux, mais c’est pas prog ; en plus c’est japonais

– Progressif, tu sais vraiment ce que ça veut dire ? Progressif, mon petit gars, signifie littéralement « qui porte à avancer, à mouvoir » et aussi « qui participe au progrès ». Moi, quand j’ai entendu ce disque pour la première fois, j’ai été ému par ces mélodies toutes simples, alternant les rythmes baroques (« Suite r-moll ») et les magnifiques mélopées celtiques (« The Butterfly »). Je me suis senti moins idiot : le rêve s’y mêle à l’intelligence, le talent musical à l’émotion, qui n’est pas sans évoquer les bons souvenirs. Tout cela dans un seul disque, ce qui est pour le moins riche. Sans compter la voix magnifique de la chanteuse (« Jouissance Vous Donnerai »). Et pour toi, ce n’est pas prog, peut-être ? Ça ne participe pas au progrès ? Qu’est-ce qu’il te faut ? Cairo ?

– Tu n’aurais pas une petite référence un peu prog à me filer, histoire que le progueux moyen (oxymore) puisse situer ton groupe progressif japonais?

– « Les Bouffons », le dernier morceau : un instrumental acoustique qui ne dépareillerait pas chez Ange. L’introduction m’a fait penser à « Saltimbanque », avec en prime une vague ambiance Au-delà du délire. Ça devrait leur plaire, ça, à tes progueux.

Sur ce, ils se quittèrent, sans avoir eu beaucoup d’enfants.

Le chroniqueur sceptique écouta finalement l’album de RingingRing : il apprit à s’émouvoir, à laisser son esprit se mouvoir, à aller de l’avant musicalement parlant à l’écoute de cet album… Ancient Stone est, en effet, bel et bien progressif, ne serait-ce que parce qu’une progression, c’est une « avance élaborée ».
« Progressivement », il prit alors conscience du fait qu’il avait fait du chemin, que sa capacité d’écoute était de plus en plus riche au fil du temps ; il lui apparut ainsi qu’il avait grandi et aussi su vibrer en écoutant un excellent groupe japonais, progressif, qui plus est.