Kafka - O

29/06/2007

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Vintage.corp

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Kafka… Quel nom étrange pour un groupe, auvergnat qui plus est ! Mais… Pas si étrange que cela, en fait : les points de comparaison entre la musique du groupe et l’œuvre de l’écrivain tchèque de langue allemande sont nombreux : atmosphères lugubres, ambiances cauchemardesques et surtout, volonté de lutter contre les oppressantes règles de la nomenclature dominante. En l’occurrence, pour Kafka – le groupe – il s’agit de la nomenclature musicale, et cela se traduit par la création de son propre label, Vintage.corp.

En 2004, le groupe sort son premier et éponyme album, marqué par des instants d’improvisations homériques, qui d’une certaine façon, en constituaient la faiblesse. Le groupe a aussi travaillé pour des projets ambitieux, telle la musique d’une adaptation théâtrale de l’Etranger d’Albert Camus.
Quid, aujourd’hui, de ce second album, intitulé sobrement O ? Contrairement à ce que pourrait laisser penser la longueur des cinq morceaux (plus de dix minutes en moyenne) qui composent l’album, le groupe a resserré son propos : terminées les pièces constituées uniquement de séquences quasi-improvisées. Le groupe s’est consacré à la création de pièces de musique très écrites et ce, pour un résultat tout bonnement édifiant ! « Kaleidoscope vision 1 » est, de ce point de vue, exceptionnel ! Les soli sont réduits à l’essentiel et laissent place à une ambiance sournoisement sombre, faite de cassures rythmiques et harmoniques, de montées en puissance infernales et d’arpèges sordides. Voici du post-rock qui aurait absorbé une très forte dose de Larks’ Tongues in Aspic, pour notre plus grand plaisir !

« Brest », quant à lui, décolle tout en douceur avec la participation du violoncelliste Pierre Lebourgeois, et se termine de façon plus rock, avec un final carrément bruitiste. « Trauma » et le morceau final, « Dystopia » sont de la même veine que « Kaleidoscope », alternant passages plus doux et accélérations intempestives. L’entrejeu entre les deux guitaristes (Clément Peyronnet et Rémi Aurine-Belloc) est tout bonnement hallucinant, entraînés comme il le sont par une section rythmique déroutante de précision (Guillaume Mazard à la basse et Rémi Faraut à la batterie) ! Là encore, l’influence crimsonienne se fait lourdement sentir.
Enfin, puisque chaque morceau de cet album est un évènement en soi, n’omettons point de citer le superbe et onirique « [sirεn] ». De façon presque timide, Nosfell vient embellir la musique du groupe pour un morceau qui n’est pas sans rappeler certaines musiques d’Ennio Morricone.

En fait, si l’on voulait chipoter, seule la batterie ne semble pas avoir assez d’amplitude dans le mix, et reste cantonnée bien au centre de l’espace sonore de l’album. Il faut dire que les guitares très en verve occupent beaucoup de place.
C’est à peu près le seul bémol que l’on pourrait apporter à un album qui fera date dans le rock instrumental ! A l’instar de Shora avec son définitif Malval, Kafka a su intégrer une qualité d’écriture rare mise au service de musiciens de haut niveau ! A ce titre, on est pas loin de penser que la Francophonie est désormais la tête de file du (post)rock instrumental devant toute une horde anglo-saxonne somme toute très classieuse mais peu inventive (et qui a la chance d’être mieux distribuée). En tous les cas, dans la série des prétendants au titre de l’album de l’année, O sera l’un de nos favoris. Ni plus ni moins !